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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/649

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Metz, qui n’en savait pas plus que lui. On lui disait seulement, le 29 juillet, que « l’empereur n’avait pas l’intention de lui faire exécuter de mouvement avant huit jours. »

Y eut-il contre-ordre ? Le maréchal de Mac-Mahon, comme on l’a dit, se rencontrait-il dans l’intervalle avec le maréchal Lebœuf pour concerter une marche plus prompte ? Toujours est-il que le 3 août la division Abel Douay, qui était à Haguenau, avait l’ordre de s’avancer jusqu’à Wissembourg, tandis que la division Ducrot devait se porter sur la gauche, un peu en arrière, à Lembach, dans les Vosges. La division Raoult allait à son tour remplacer Ducrot à Reichshofen ; la division de Lartigue devait de son côté se rendre à Haguenau, prenant la place des troupes de Douay. On se rapprochait de la frontière. Le point grave et délicat de ce mouvement était l’occupation de Wissembourg, ville de guerre déclassée, mal défendue par les anciennes lignes de Villars, qui n’existent guère plus, située au fond de la vallée de la Lauter, au pied des derniers contre-forts des Vosges et de la grande côte du Pigeonnier, du haut duquel le regard découvre la forêt de Haguenau, la Forêt-Noire, le pays de Bade, même au loin les clochers de Spire et de Strasbourg.

Wissembourg était-il un poste à occuper ? C’était une question, d’autant plus qu’on se trouvait en face des coteaux du Palatinat et de la forêt de Bienwald, à travers laquelle des masses ennemies pouvaient s’avancer sans être vues. Au premier moment, le général Ducrot, chargé du commandement supérieur en attendant l’arrivée du maréchal de Mac-Mahon, avait fait évacuer Wissembourg et Lauterbourg, où il ne voulait pas laisser des détachemens isolés qui pouvaient être compromis. Le maréchal Lebœuf avait paru trouver qu’on dégarnissait trop la frontière ; le préfet du Bas-Rhin avait réclamé contre cet abandon. L’intendance, toujours probablement dans l’idée qu’on allait envahir l’Allemagne, avait une manutention, de vastes magasins à cette extrême frontière, et elle ne cessait de se plaindre qu’on laissât ses services sans protection. De là cette réoccupation de Wissembourg par la division Douay, qui arrivait le 3 au soir, assez tard, fort peu complète, n’ayant pas eu le temps de rallier tous ses bataillons, manquant d’ambulances et même de cartes pour se guider. Un chef d’avant-garde était réduit à écrire, et ce fut son dernier télégramme : « Je suis absolument dépourvu de cartes. » Sans prévoir une attaque immédiate, le maréchal avait prévenu le général Douay d’avoir à se replier, s’il se voyait assailli « par des forces très supérieures, » et, pour le surplus de son rôle, il le plaçait momentanément sous les ordres du général Ducrot, qui devait lui-même atteindre Lembach le lendemain. À son arrivée, Douay, suivant les instructions du général Ducrot, laissait un seul bataillon du 74e de ligne dans Wissembourg, et il se plaçait avec