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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/645

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allant du nord à l’est, de Sierck à Huningue, du Luxembourg neutre à la Suisse neutre, la frontière française telle qu’elle existait depuis 1815 représentait un grand angle ayant son sommet à Lauterbourg. Un des côtés de l’angle, celui de l’est, était formé par le Rhin lui-même, ligne de partage entre l’Alsace et le grand-duché de Bade de Huningue à Lauterbourg. De ce point, la frontière, se déroulant par le nord, se confondait d’abord avec la Lauter, qui séparait la France du Palatinat, allait passer au-delà de Bitche, se repliait sur Sarreguemines, puis courait en arrière de la Sarre, séparant cette autre partie de la France de la Prusse rhénane.

À l’abri de cette frontière, c’est tout le pays français compris entre Rhin et Moselle. Dans l’intervalle se développent parallèlement au Rhin les Vosges venant de Belfort, se déroulant en massif puissant et accidenté, s’abaissant par degrés dans la direction du nord vers le Palatinat, où elles se divisent en plusieurs rameaux, le Hardt, le Hundsruck. Les Vosges s’étendent sur une longueur de plus de 240 kilomètres, avec une épaisseur de 30 à 38 kilomètres entre l’Alsace et la Lorraine. Du côté de l’Alsace, elles tombent assez brusquement par des pentes rapides coupées de gorges étroites et profondément encaissées, formant des défilés boisés, dans les plaines fertiles du Rhin ; à l’ouest, elles s’abaissent par des pentes plus douces et se perdent dans le pays accidenté de la Lorraine, qui s’étend jusqu’à la Meuse. Des deux versans opposés descendent d’assez nombreux cours d’eau, — à l’ouest la Moselle venant du point le plus élevé des Vosges, du ballon d’Alsace, et coulant vers Metz et Thionville pour gagner le Rhin par le territoire allemand, puis la Sarre passant par Sarreguemines, Sarrebruck, et allant grossir la Moselle vers Trèves, — à l’est la Lauter, la Sauer, la Moder, la Zorn, l’Ill. Entre l’Alsace et la Lorraine, il y a des passages qui ont tous nécessairement une importance militaire. Celui qui est le plus en avant au nord est le passage du col de Bitche, placé sous la protection du fort qui ferme l’entrée des Vosges. Un chemin de fer construit à cette extrême frontière met en communication Strasbourg et Metz par Haguenau, Niederbronn, Bitche, Sarreguemines, Forbach. Plus au sud dans l’intérieur des Vosges sont les passages de Lichtenberg entre Haguenau et Sarreguemines, de la Petite-Pierre entre Haguenau et Sarre-Union. Enfin, plus au sud encore, il y a la route de Strasbourg à Fénétrange et à Sarrebourg par Saverne et le col de Phalsbourg. C’est par la coupure de Saverne que le chemin de fer de l’Est et le canal de la Marne au Rhin se fraient un passage à quelque distance de la place même de Phalsbourg. Je ne parle pas d’autres routes qui complètent ces communications, mais qui peuvent être plus difficiles pour des armées.

Assurément la défense de la ligne française, s’appuyant à ses deux