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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/643

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pourraient entrer en opérations, on avait répondu unanimement que le 3 août on serait prêt a à chercher l’ennemi et à l’attaquer, » et c’est alors que le roi Guillaume, quittant à son tour Berlin, se transportait à Mayence avec M. de Moltke et M. de Bismarck, avec le grand quartier-général, pour prendre le commandement suprême des forces de l’Allemagne. On courait ainsi de part et d’autre, mais dans des conditions bien inégales, au terrible rendez-vous de bataille sur cette frontière si souvent foulée par la guerre, si souvent disputée, déplacée ou rectifiée, et réduite à être une fois encore le théâtre désolé d’un gigantesque choc militaire.

Que serait-il arrivé si, devançant ces formidables concentrations ennemies, l’armée française avait pu de son côté envahir le territoire allemand par cette marche sur Maxau que l’empereur Napoléon III méditait, qui avait inspiré quelque préoccupation ou quelque soupçon aux Prussiens ? À vrai dire, ce plan n’avait peut-être jamais été réalisable. Dans tous les cas, on n’aurait pu en tenter l’exécution qu’aux derniers jours de juillet ou aux premiers jours d’août, et à ce moment déjà tout était fini quant au but qu’on se proposait. On ne pouvait songer à séparer l’Allemagne du sud de l’Allemagne du nord, puisque l’alliance était faite, puisqu’on avait appelé au camp du prince royal les forces de la Bavière, du Wurtemberg, de Bade, au risque de paraître livrer les passages du Haut-Rhin et d’avoir peu de monde vers la Forêt-Noire. L’état-major allemand n’avait pas craint de s’arrêter à ces combinaisons, sans doute parce qu’il voulait tout d’abord avoir sous la main les forces du sud, probablement aussi parce qu’il sentait qu’en présence de ses puissans moyens d’action concentrés sur la rive gauche du Rhin, on ne pouvait rien faire de sérieux par la rive droite au-dessus de Strasbourg : il serait toujours en mesure d’arrêter nos démonstrations ou de répondre à nos tentatives par une foudroyante invasion de l’Alsace. En supposant, même la marche sur Maxau accomplie avec un premier succès, on n’avait fait que déplacer et peut-être compliquer la difficulté. Il fallait prendre ses sûretés, tenir les places en respect, commencer par s’affaiblir. Avec quelles forces aurait-on pu s’élever en pleine Allemagne à la rencontre des masses prussiennes ? On pouvait courir à un effroyable désastre. C’était résoudre la question par la question. Si on avait de quoi passer le Rhin à Maxau sans découvrir la Moselle, qui pouvait être toujours menacée, rien de mieux ; si on n’avait pas de quoi faire face à toutes les nécessités de la situation si complexe et si périlleuse où l’on s’était jeté, le plan de Maxau n’avait plus que la valeur d’une conception chimérique et solitaire ne répondant à aucune réalité, déconcertée par les événemens avant même de toucher à l’exécution.

Peut-être, à défaut de cette stratégie théorique, avec les divi-