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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/641

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de la ligne de marche, se dirigeant également sur la Sarre, à cheval sur la province rhénane et sur le Palatinat bavarois. La IIIe armée, placée sous le commandement du prince royal de Prusse, était comme la personnification vivante de l’union de l’Allemagne du nord et de l’Allemagne du sud. Elle comprenait les Ve et XIe corps prussiens, les deux corps bavarois du général von der Tann et du général Hartmann, la division wurtembergeoise du général d’Obernitz, la division badoise du général de Beyer et la 4e division de cavalerie du prince Albert de Prusse. Forte de 130 000 hommes, de plus de 160 000 soldats avec le VIe corps, destiné à la rejoindre aux premières hostilités, elle avait son point de concentration à Landau, en plein Palatinat, menaçant l’Alsace, contenant tout mouvement qui aurait pu être tenté par la rive droite du Rhin.

C’était presque en tout point l’exécution du plan tracé dès 1868 par M. de Moltke, qui avait tout préparé, l’organisation des armées, la distribution des forces, qui était allé même étudier le terrain sur place. On ne l’ignorait pas, puisque par l’ordre du maréchal Niel un officier d’état-major français avait secrètement suivi pas à pas M. de Moltke dans toute son excursion jusqu’à Mayence. Avec ces trois armées concentrées de ce côté du Rhin, sur la Moselle et dans le Palatinat, l’état-major allemand se flattait d’être en mesure de tout entreprendre, de forcer notre frontière et d’opérer quelque grande jonction comme on l’avait fait à Sadowa, dans cette guerre de Bohême dont on reproduisait les combinaisons.

Qu’on remarque bien d’ailleurs qu’en préparant sa marche sur le Rhin, la Prusse ne restait pas désarmée contre l’imprévu qui pouvait l’assaillir d’un autre côté. Elle avait à se tenir en garde contre ce débarquement dans la Baltique dont on parlait ; sans être longtemps inquiète sur l’attitude de l’Autriche, elle ne négligeait pas de prendre, au moins les premiers jours, quelques précautions en Silésie. Bref, elle laissait en Allemagne le Ier, le IIe, le VIe corps, la 17e division d’infanterie détachée du IXe corps où elle était remplacée par la 25e division hessoise, la division de landwehr de la garde, trois autres divisions de landwehr, plusieurs corps de cavalerie. Ces divisions et ces corps, il est vrai, ne devaient pas tarder à être successivement appelés eux-mêmes dans l’ouest. Le VIe corps notamment ralliait presque aussitôt le prince royal dans le Palatinat. Pour le moment, ces troupes n’appartenaient pas encore aux trois armées qui restaient le puissant et redoutable instrument des desseins stratégiques de l’état-major prussien, qu’il s’agissait d’abord de porter sur le terrain du combat.

La question était de savoir si ces vastes combinaisons pourraient s’accomplir sans être troublées, si tous ces profonds calculs ne seraient pas déconcertés par quelque coup d’audace à la française