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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/599

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d’autres encore de l’or à poignées : 20 000 roubles à un sergent, à un porte-enseigne 1 000 âmes. À Panine, — l’oncle de ce Panine qui devait un jour conspirer contre le fils de Catherine, — une épée enrichie de brillans. Elle-même apprenait à cette famille ce qu’on peut gagner au renversement d’un empereur. Quelques-unes des récompenses portent le mot secret : quels services inavoués étaient-elles donc destinées à payer ? Bestouchef, l’ancien ennemi, puis l’allié malheureux de la grande-duchesse, est rappelé de l’exil, rétabli dans ses titres et dignités : l’impératrice ne l’appelle plus, dans sa correspondance, que mon petit père (batiouchka). Le vieux courtisan voulut du moins payer sa bienvenue par une flagornerie à outrance. Il proposa de décerner à une princesse qui n’était encore illustre que par un coup de main militaire le titre auguste de mère de la patrie. Catherine eut le bon goût de le décliner : elle avait la conscience qu’elle saurait le mériter autrement. Elle écrivit à Bestouchef : « Il me semble que ce projet arrive encore trop tôt ; le public m’accuserait de vanité ; je vous remercie de votre zèle. » Si elle avait à se défendre des adulateurs, les propagateurs de bruits malveillans ne lui donnaient guère moins à faire. On parlait de l’assassinat de son époux, de son prochain mariage avec Orlof. Plusieurs individus furent arrêtés, condamnés par le sénat à un supplice raffiné. La souveraine se montra clémente. Dans une lettre au général-major Pouchkine, elle lui recommande un de ces condamnés à mort, à qui elle a fait grâce en raison de sa jeunesse et de son inexpérience, et qu’elle envoie travailler dans ses bureaux. « Si malgré une surveillance sévère, écrit-elle, il continue à montrer la même impertinence, notamment dans son langage, vous le traiterez comme ayant agi sans discernement, et, suivant l’importance de la faute, vous le châtierez corporellement, ainsi que vous le jugerez à propos. »

Restait à décider sur le sort d’Élisabeth Voronzof, cette maîtresse à laquelle Pierre III voulait sacrifier sa femme et qui avait souvent outragé l’impératrice de son insolente attitude. « Va trouver Voronzof, écrivit l’impératrice à Yélaguine, dis-lui que j’autorise sa fille à demeurer chez lui, à Moscou, en attendant qu’elle ait sa maison. Dis-lui aussi de lui donner de quoi vivre, car je sais qu’il n’est pas si pauvre qu’il le prétend. Fais-lui entendre qu’elle ait à vivre paisiblement à Moscou et qu’elle évite de donner aux gens des motifs de parler d’elle. Tu diras tout cela comme venant de toi. » Elle obligea Voronzof à fournir une dot à sa rivale. Ce fut toute la vengeance de Catherine II.

Un ordre de rappel fut immédiatement expédié à cette armée russe qu’Élisabeth avait envoyée en Allemagne pour détruire Fré-