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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/549

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finir. Comment parviendra-t-on à se procurer les ressources nécessaires, par des taxes ou par des emprunts ? On agite volontiers ce problème, qui me semble pouvoir être résolu facilement. Tout ce qui offre un caractère d’utilité immédiate et normale, tout ce qui est destiné à mouvoir le mécanisme régulier des organes mêmes de la vie urbaine ressortit aux taxes et naturellement à l’octroi ; nous payons pour qu’on pave nos rues, pour qu’on les balaie, pour qu’on les éclaire ; nous payons pour qu’on soigne nos malades, pour qu’on recueille nos enfans perdus et nos infirmes, nous payons pour qu’on nous garde et qu’on nous protége. Rien n’est plus juste ; mais dès qu’il s’agit des travaux dont nos descendans profiteront et dont, soit dit en passant, nous n’avons que tous les ennuis, lorsqu’on amène des rivières à Paris, que l’on canalise son sous-sol, que l’on ouvre des boulevards, que l’on fait des trouées hygiéniques dans ces quartiers obscurs et enchevêtrés où nous cherchions en vain jadis un peu d’air et de soleil, lorsque l’on fait pour nos enfans une ville plus saine, plus belle, mieux ordonnée que la nôtre, c’est à l’emprunt que l’on doit s’adresser, car il est équitable de faire payer à l’avenir les bienfaits que nous lui léguerons et que nous n’aurons qu’imparfaitement connus.

Quoi qu’il en soit de cette question, qui ne se rattache qu’incidemment à notre sujet, l’octroi, malgré les fraudes qui l’attaquent et le mauvais vouloir qu’il excite parfois, est entré dans nos mœurs ; il fonctionne avec régularité. Exclusivement payé par les habitans de Paris, il est employé exclusivement à leur profit : ce que la population donne en gros sous lui est rendu en bien-être. En le supprimant, on n’enrichirait personne et l’on appauvrirait tout le monde ; l’impôt que les pauvres, les estropiés, les enfans trouvés, les aliénés, les malades lèveraient alors sur nous, en nous poursuivant dans nos rues et jusque dans nos maisons, serait bien plus lourd, plus onéreux, plus vexatoire, que la taxe à peine sensible récoltée par les préposés de l’octroi, dans un dessein déterminé où le soulagement de la souffrance, l’instruction de l’enfant et l’humanité ont la meilleure part.


Maxime Du Camp.