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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/548

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ficulté ? À l’octroi « municipal et de bienfaisance, » comme disait la loi de vendémiaire an VII. C’est là ce que l’on ne devrait jamais oublier lorsqu’on est sollicité par quelque mauvaise pensée de fraude ; cela n’arrêtera pas les âmes indélicates, mais cela fera réfléchir les gens qui, par enfantillage ou pour s’éviter un mince ennui, oublient volontairement d’être honnêtes et ne font pas les déclarations obligées.

Pour les ressources municipales, pour les fonds de bienfaisance spécifiée ou déguisée, l’octroi de Paris est donc le produit le plus constant et le moins aléatoire. Frappant des objets de première nécessité et surtout des denrées de consommation, il ne peut tarir, chaque bouchée de nourriture l’alimente, et il est éparpillé à l’infini. Il s’acquitte par quantités tellement minimes qu’il peut, jusqu’à un certain point, passer inaperçu ; pour chacun des 1 851 792 habitans de Paris, il représente une dépense quotidienne de 15 cent. 69. Les négocians qui, recevant un arrivage de marchandises, ont à payer d’un seul coup une somme importante, ne font qu’une avance qui leur est remboursée avec intérêts par leurs cliens. Bien des gens maudissent cependant l’octroi et le trouvent excessif, sans réfléchir que de toutes les sommes qu’il a encaissées, il en a versé précisément un tiers au bout de l’année au ministère des finances [1]. On l’accuse d’avoir outrageusement chargé les vins et les liqueurs ; mais sur les 22 francs 87 cent. que paient les premiers, le trésor ne lui en a laissé que 11, et sur les 318 francs 60 cent. que paient les secondes il donne 238 francs 80 centimes aux finances : en cette matière du moins, la part du lion n’est pas pour lui.

C’est la poule aux œufs d’or ; il est bon de l’entourer de soins, de la ménager et de n’en point exiger une production démesurée ; pour accroître son revenu, il est inutile de surcharger les taxes ; on peut s’en rapporter à l’attraction que Paris exerce sur les provinciaux et sur les étrangers. Plus les hôtes venus de l’extérieur sont nombreux dans notre ville, plus les consommations augmentent, et plus on voit grossir les produits de l’octroi ; c’est pourquoi les temps de calme et de prospérité se révèlent, au premier coup d’œil, sur les tables récapitulatives, car le total prend tout de suite des proportions respectables. Je crains que l’on n’ait maintenant une certaine tendance à exiger de l’octroi plus qu’il ne comporte, et à le mêler à des opérations qu’il doit ignorer. Les finances municipales, si considérables qu’elles soient, ne sont pas en rapport avec les besoins de Paris, d’un Paris commencé, qu’il faut continuer, sinon

  1. En 1872, l’octroi a perçu près de 151 millions ; 100 millions représentant les taxes municipales ont été acquis à la ville ; 50 millions 1/2, produit des droits d’entrée, ont été versés au ministère des finances.