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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/538

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sés, qui ont pénétré à Paris du 6 au 7 janvier dernier pendant l’espace de vingt-quatre heures ; 468 trains sont entrés en gare, 128 bateaux ont eu affaire aux employés de la patache, 5 989 voitures munies de passe-debout ont exigé des formalités de sortie, et 32 354 voitures entrant se sont arrêtées devant les roulettes : 38 949 visites en une seule journée ! — Ce personnel est bon ; il est généralement trié avec soin parmi les sous-officiers de l’armée : aussi, façonné dès longtemps à la discipline, il ne laisse rien à désirer sous ce rapport. Quelques déclassés sont venus échouer à la roulette des barrières, et, la sonde à la main, ont recommencé un nouvel apprentissage de la vie. J’ai vu là des étudians pour qui les examens n’avaient pas été miséricordieux, des clercs d’huissier qui ne trouvaient point de charme au papier timbré. Sous l’uniforme vert, ils n’ont point mauvaise tournure, et, comme dans l’administration tout grade, toute situation même est accessible à ceux qui montrent du bon vouloir et font preuve d’intelligence, ils pourront arriver aux premiers postes, si la chance ne leur est pas trop contraire. On a gardé souvenir, parmi les hommes du pavé, d’un préposé de troisième classe qui fit parler de lui jadis. Il était neveu d’un maréchal de France, et de fredaine en fredaine il était arrivé à bout de voie ; l’octroi le ramassa, eut pour lui des indulgences de grand’mère, et finit cependant par s’en séparer, car le mauvais exemple devenait contagieux. Il dégustait le vin jusqu’à la lie, et, sous prétexte de mieux compter les œufs frais, il les mettait dans ses poches ; il quittait la roulette pour aller surveiller les fraudeurs dans les bals de barrières, et, afin d’être moins reconnu par eux, il s’habillait en polichinelle quand venait le carnaval. Malgré le très beau nom qu’il portait, on le pria d’aller jauger ailleurs ; il se le tint pour dit, traversa les mers comme matelot, et entra en qualité de garçon chez un de mes anciens camarades de collége qui après être sorti de l’École polytechnique, s’est fait épicier en Californie.

Pendant la guerre, les employés de l’octroi n’ont point failli au devoir ; il n’y a pas eu besoin de contrainte, les volontaires seuls ont formé le 226e bataillon, qui a fourni trois compagnies de marche ; ils se sont bravement battus, les Allemands placés aux avant-postes de la Marne en ont su quelque chose. Tous n’avaient pas repris le fusil et n’étaient point au combat ; les barrières étaient plus que fermées, qui ne le sait ? mais leur concours n’en était pas moins indispensable, car il fallait surveiller les quatre-vingt-cinq entrepôts où l’on avait entassé des approvisionnemens qui ont prolongé la défense sans la rendre plus efficace, et les trente-six usines particulières où l’on faisait la mouture des grains. Leur dévoûment a été