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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/51

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littéraire et de l’existence même de la ville de Priam ; elle a le pas sur toute solution qui pourra être donnée aux problèmes historiques ou archéologiques. Somme toute, la plaine de Troie était fort petite ; la partie inférieure, aujourd’hui occupée par un marais et par une lagune, n’existait probablement pas dans les anciens temps ; la plage de Koum-Kalé était occupée par la mer, et le rivage, fort plat lui-même, devait s’étendre en ligne plus ou moins irrégulière du tombeau d’Ajax au village de Yéni-Gheir, situé à 2 500 mètres vers le sud de Koum-Kalé. Là en effet se trouve un cap assez élevé dans lequel tout le monde a reconnu l’ancien promontoire de Sigée. Le voyageur le laisse à sa droite avant d’atteindre l’entrée de l’Hellespont.

La position du Scamandre ancien sur la carte de Troade entraîne nécessairement celle du Simoïs. Il n’est pas possible de le voir dans les petites sources de Bounar-Bachi, car, si elles avaient autrefois envoyé leurs eaux au Scamandre, elles l’auraient rencontré immédiatement et n’auraient pu former une rivière ayant un nom. Aujourd’hui elles alimentent un petit cours d’eau qui se détourne vers l’ouest, se perd en partie dans des marécages et en partie se jette à la mer dans la baie de Béchica. Il faut donc chercher le Simoïs à l’est du Scamandre et non à l’ouest, où il n’y a pas de cours d’eau. Si en effet, partant du tombeau d’Ajax, on chemine vers le sud jusqu’à Koum-Kieui, on voit sur sa gauche s’étendre une longue vallée courant de l’est à l’ouest, et dont la rivière est connue sous le nom de Dombrek-Sou ; elle tire son nom du village de Dombrek, situé à 10 kilomètres vers l’est. Les alluvions ont relevé le sol et transformé en marais l’espace où le Simoïs atteint l’ancien Scamandre ; mais son lit est parfaitement reconnaissable au pied des hauteurs qui bordent la vallée au midi. Derrière celles-ci, l’on rencontre le lit d’un torrent de montagne, puis des hauteurs accidentées, enfin, un peu avant Bounar-Bachi, une seconde rivière que des découvertes récentes nous obligent à reconnaître comme le Thymbrios. Par une trompeuse ressemblance de mots, celui-ci avait été assimilé au Dombrek-Sou ; mais le mot Dombrek peut avoir une signification en turc, et d’ailleurs les faits démontreront qu’il y avait ici une erreur. Il ne paraît donc pas possible de voir dans cette rivière de Dombrek autre chose que le Simoïs.

Je dois maintenant appeler l’attention sur les différens sites auxquels on a tour à tour fait l’honneur d’y placer la ville de Troie. Mon intention n’est pas de discuter ici avec des textes dont la plupart sont eux-mêmes sujets à discussion. On ne doit pas oublier que l’Iliade est le document le plus ancien que les Grecs nous aient laissé sur la guerre de Troie, — que ce poème, chanté çà et là par