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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/483

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de tout ce peuple qui les considère et qui passe, soit des hommes instruits, mais non spéciaux, qui les voudraient étudier. Cette lacune est particulièrement déplorable pour nos splcndides salles des vases grecs. Beaucoup d’entre ces vases sont, par les peintures qui les décorent, des pages vivantes de l’histoire religieuse de l’antiquité ; ils sont connus de tous les savans pour avoir été interprétés par les principaux antiquaires. Pourquoi ne pas rappeler en quelques lignes, au bas de chacun d’eux, — j’entends des plus connus et des plus authentiques, — l’explication des scènes mythologiques ou traditionnelles qu’ils représentent ? On a souvent objecté que les interprétations étaient contestées, et que nos conservateurs, hommes de science scrupuleuse, ne devaient pas s’engager à la légère. Cela est fort bien ; mais qui les empêche de donner l’opinion des principaux commentateurs en retenant, s’ils le veulent, leur propre avis ? C’est telle scène suivant Otto Iahn, telle autre suivant Gerhard, telle autre suivant Panofka. Il ne serait pas bien compliqué de renvoyer aux mémoires spéciaux, et quel aperçu on aurait ainsi des progrès de l’archéologie, quel vivant commentaire aux littératures classiques ! Tout au moins les renvois aux pages d’Homère et des autres poètes si souvent interprétées par l’art antique seraient-ils d’un secours infini. L’Allemagne a dans cette voie d’excellens travaux. Je signalerai par exemple le petit catalogue de la galerie des plâtres à Bonn par Otto Iahn ; les indications d’anciens textes font de ces quelques pages un manuel de l’histoire de la sculpture et de l’architecture antiques. Notre immense musée du Louvre n’est assurément pas resté stationnaire ; le travail des catalogues critiques ne pouvait suivre d’un pas égal des accroissemens presque incessans. Sans être ingrats pour les progrès antérieurement accomplis, félicitons-nous de ceux qu’on prépare : la dernière mesure que nous avons signalée aura pour effet, si elle se continue et se propage, de centupler nos richesses en les tirant en grand nombre de l’anonyme obscurité où elles sont plongées. Dans les petits pays, dans les capitales du nord par exemple, on voit le dimanche les conservateurs des musées expliquer aux visiteurs les objets exposés à leurs yeux. C’est un excellent moyen d’éducation générale en même temps que nationale ; ne pourrait-on pas, dans nos vastes galeries, remplacer en quelque mesure ce vivant enseignement par ces indications sommaires, de nature à s’offrir mieux que les catalogues imprimés à la curiosité publique ? Qui peut compter à combien d’esprits, avides de savoir et d’admirer, chacune de ces visites aux antiques du musée du Louvre présenterait une saine instruction et des vues nouvelles ?

Ces sortes d’explications directes deviennent d’autant plus nécessaires dans un musée qui s’accroît sans cesse par les résultats imprévus des missions scientifiques. Tout à côté de la salle que nous venons de décrire, le conservateur des antiques fait installer en ce moment même l’intéressante