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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/463

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mières nécessités pour tout gouvernement prévoyant est d’éclairer, de dégager, de simplifier sans plus de retard nos rapports avec l’Italie.

Ce que produisent ces perpétuelles ambiguïtés en usage depuis quelques années, on vient de le voir encore une fois par ce qui s’est passé dernièrement. Un officier distingué de notre armée, attaché militaire à la légation française auprès du roi Victor-Emmanuel, le colonel de La Haye, est mort à Rome. La première pensée de notre ambassadeur auprès du saint-siége a été d’offrir pour les obsèques de notre attaché militaire l’église de Saint-Louis des Français, placée sous son patronage. C’était le premier, le bon mouvement. Bientôt cependant la réflexion est venue ; on a songé que les autorités italiennes allaient rendre les honneurs militaires à l’officier français, que cette apparition à Saint-Louis offusquerait peut-être le pape, et d’une façon ou d’autre la famille du colonel de La Haye a été conduite à demander que les funérailles eussent lieu dans sa paroisse, à l’église de San-Marcello in Corso. Or voici la singularité. Les ecclésiastiques de San-Marcello ont voulu à leur tour se mettre en règle avec le saint-père, qui s’est empressé de donner toutes les autorisations qu’on lui demandait. On lui a dit qu’il y aurait sans doute des troupes italiennes, des généraux italiens, et le pape a répondu avec une piquante bonhomie : « Qu’ils viennent. » Le gouvernement italien, de son côté, ne s’est pas préoccupé de ces petites péripéties qu’il a eu l’air d’ignorer ; il n’y a vu peut-être fort spirituellement qu’une raison de plus d’accentuer les témoignages d’une sympathique courtoisie. Un bataillon, presque tous les généraux présens à Rome, le prince Humbert lui-même, les fonctionnaires du ministère des affaires étrangères, se sont rendus aux obsèques du colonel de La Haye à San-Marcello. Puis le lendemain, par les soins de l’ambassade auprès du Vatican, on célèbre à Saint-Louis un service funèbre où assiste un tout autre monde. Ainsi une église placée sous le patronage de la France à Rome ne peut pas recevoir la dépouille d’un officier français parce qu’il sera accompagné du prince Humbert et des soldats italiens ! Ce que le saint-père accorde sans difficulté à San-Marcello, l’ambassade française, plus papiste que le pape, ne l’accorde pas à Saint-Louis !

Autre incident. La France a depuis longtemps dans les eaux de Civita-Vecchia un navire, l’Orénoque, laissé aux ordres de l’ambassade auprès du Vatican pour rester à la disposition du pape. Que fait ce navire à Civita-Vecchia ? Il entretient une équivoque et crée des embarras. L’an passé, à pareille époque, il y eut la fugue de M. de Bourgoing, l’ambassadeur d’alors, à l’occasion de la visite des officiers de l’Orénoque à Rome pour le jour de l’an ou pour Noël, Ces officiers devaient-ils aller tout à la fois chez le pape et chez le roi ? devaient-ils s’abstenir également d’aller au Vatican et au Quirinal ? Le dernier gouvernement s’était décidé pour l’abstention, et ses instructions paraissent avoir été maintenues. Qu’est-il arrivé cependant cette année ? Il n’y a point eu, à la vérité, de visite