Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/447

Cette page a été validée par deux contributeurs.


nuages s’éclaircirent, et on vit le soleil fort brillant ; on ne cessa point de le voir le reste de la journée. Le 5, le soleil se leva de toute beauté, et la journée fut magnifique. Il en fut de même le 6…Le 7 et le 8, il fit le même temps, en sorte qu’il semble que la matinée du 4 eût été faite exprès. » Le Gentil épuise les hypothèses sur la cause mystérieuse de ce coup de vent tout à fait extraordinaire pour la saison. « La plume, dit-il, me tomba plusieurs fois des mains lorsque le moment vint d’annoncer en France le sort de mon opération. »

Quand Le Gentil revint enfin de la côte de Coromandel, il apprit que l’Académie des Sciences, ne recevant pas de ses nouvelles, l’avait tenu pour mort et l’avait remplacé. Un de ses proches avait profité de l’occasion pour faire main basse sur son patrimoine, et ce fut en vain qu’il tenta de le lui arracher. Le Gentil mourut en 1792. Son Voyage dans les mers de l’Inde a été publié à Paris en 1779. Le mauvais sort qui semble s’attacher aux pas de cet astronome et sa courageuse lutte avec l’adversité ont quelque chose de profondément touchant. Lorsqu’on songe toutefois aux importantes recherches d’astronomie et de météorologie qu’il rapporta de son long séjour dans l’Inde, et qui sont contenues dans les deux volumes in-quarto qu’il a publiés, on peut dire qu’il n’a point perdu sa peine, et c’est ainsi que la persévérance est toujours récompensée.

Le passage de 1761, qui était visible en Europe, fut d’ailleurs noté par cent soixante-seize observateurs ; malheureusement la différence maximum des durées n’atteignit pas 5 minutes, ce qui est trop peu pour une détermination précise de la parallaxe. « L’expérience est notre plus grand maître, dit à ce propos Jean-Dominique Cassini ; le fruit de ses leçons nous indemnise du prix des années qu’elles nous coûtent. Le principal but avait été manqué en 1761, faute d’avoir observé dans les lieux où les durées fussent assez différentes. Il était essentiel de ne pas tomber une seconde fois dans le même inconvénient. » En 1769, les stations furent donc mieux choisies. Pingré, qui avait déjà observé le passage de 1761 à l’île Rodrigue malgré un vent violent qui menaçait de renverser ses instrumens, fut envoyé par l’Académie des Sciences au cap français de l’île Saint-Domingue. L’abbé Chappe d’Auteroche, qui s’était rendu en 1761 à Tobolsk en Sibérie, pour y observer, « sous les auspices de l’impératrice de Russie, » et qui avait alors perdu cinq mois à franchir les déserts glacés qui séparent Tobolsk de Saint-Pétersbourg, fut désigné cette fois pour aller aux îles Salomon, dans la mer du sud. Ces parages étaient à cette époque sous la domination de l’Espagne, et on n’y pouvait aller que sur un vaisseau espagnol. La cour de Madrid refusa l’autorisation qui lui fut deman-