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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/445

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Le passage de 1631 avait été prédit par Kepler aussi bien que le passage de Mercure, qui eut lieu le 7 novembre de la même année [1]. Le grand astronome se promettait bien de suivre ces curieux phénomènes à l’aide d’une de ces lunettes qui venaient d’être inventées par Galilée ; mais il mourut le 15 novembre. Gassendi seul guetta le phénomène ; un accident fit manquer l’observation. Le passage de 1639 est le premier qui ait été vu par des yeux humains ; il fut observé en Angleterre par Horrox et Crabtree malgré la prédiction légèrement erronée de Kepler, d’après laquelle Vénus ne devait que friser le bord du disque solaire. On ne put d’ailleurs que constater l’entrée de la planète un peu avant le coucher du soleil ; néanmoins Horrox épancha son enthousiasme dans un dithyrambe où il célébrait l’union de Vénus avec le dieu du jour. Jusque-là, les passages de Vénus ne sont encore épiés que par simple curiosité ; Edmond Halley fut le premier qui en soupçonna toute la portée scientifique. Agé de vingt-deux ans, il venait d’observer à Sainte-Hélène, en 1677, un passage de Mercure au-devant du soleil ; frappé de la netteté avec laquelle la tache noire mordait sur le limbe solaire, il se dit aussitôt que des phénomènes d’une telle précision devaient offrir un excellent moyen de rectifier les distances planétaires à cause de l’influence considérable que les parallaxes des planètes exercent sur les instans de l’entrée et de la sortie. Pour Mercure, cette influence est bien moins sensible que pour Vénus ; aussi Halley eut-il soin de recommander aux astronomes à venir le passage de 1761, dans deux mémoires restés célèbres. « Que le ciel, dit-il en terminant, que le ciel favorise leurs observations par le plus beau temps ! Et quand ils auront atteint le but et déterminé de leur mieux notre distance au soleil, qu’ils veuillent bien se souvenir que c’est un Anglais qui a eu le premier cette heureuse idée. »

On n’eut garde d’oublier cette pressante recommandation. De vastes préparatifs furent faits en vue des passages de 1761 et de 1769. Les souverains et les corps savans organisèrent à l’envi des expéditions qui devaient aller observer le phénomène dans des lieux éloignés, choisis de manière que l’effet de la parallaxe fût aussi grand que possible. Le 6 juin 1761, des lunettes furent braquées sur le soleil au cap de Bonne-Espérance, en Laponie, à Tobolsk en Sibérie, en même temps qu’en Europe ; pourtant quelques circonstances défavorables empêchèrent encore de tirer de ces mesures tout le parti qu’on en attendait. En revanche, le passage de 1769 fut observé avec un plein succès dans toutes les parties du monde.

  1. Admonitio ad astronomos de miris rarisque anni 1651 phenomenis, Lipsiæ 1629.