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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/442

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qui les sépare de nous ; c’est en déterminant minutieusement ces « différences d’aspect, » ces imperceptibles écarts des observations, que l’homme, sans quitter l’étroite prison de sa planète, a pu arpenter l’univers. Malheureusement il y a loin de la théorie à la pratique. Le problème se complique singulièrement par suite de la mobilité de la terre, qui fournit la base d’opération, et des astres qu’il s’agit de viser, il frise l’impossible par la petitesse des angles qu’il faut mesurer. La plus vaste base que nous puisse fournir la terre est son diamètre : c’est un peu plus de 3 000 lieues. Or, la distance du soleil étant à peu près 12 000 fois plus grande, deux observateurs qui s’écartent autant que cela peut se faire à la surface du globe sont par rapport au soleil dans la même situation que s’ils voulaient déterminer la parallaxe d’un objet terrestre éloigné de 12 kilomètres en braquant leurs lunettes de deux fenêtres séparées par 1 mètre d’intervalle : les directions ne différeraient que de 17 secondes d’arc. Encore l’observation du soleil serait-elle sans utilité aucune dans ces conditions hypothétiques, car nos observateurs le verraient tous deux à l’horizon, où la réfraction atmosphérique empêche toute mesure précise. Il faut donc en réalité se contenter de différences beaucoup moins sensibles que celles que la théorie semble promettre au premier abord, et par suite renoncer à mesurer la distance du soleil par un procédé aussi direct.

Pour la lune, les conditions sont moins défavorables ; elle n’est éloignée de nous que d’environ 30 diamètres terrestres, et l’effet parallactique peut atteindre 2 degrés ; aussi Lalande et Lacaille, en observant l’un à Berlin, l’autre au cap de Bonne-Espérance, aux deux extrémités d’une base de 9 000 kilomètres, ont-ils pu déterminer la parallaxe de la lune avec une grande précision. Aristarque de Samos et Hipparque la connaissaient déjà d’une manière très approchée. Au contraire la parallaxe du soleil ou, ce qui revient au même, la distance de cet astre est restée longtemps à peu près inconnue. Aristarque avait essayé de l’obtenir par une méthode aussi ingénieuse en théorie que défectueuse dans la pratique en prenant pour base la distance de la lune. Au moment du premier quartier ou du dernier, alors que la partie éclairée est juste la moitié du disque, moment qu’on appelle la dichotomie, la lune se trouve à angle droit avec la terre et le soleil ; il suffit alors de mesurer encore l’angle compris entre les directions des deux astres, visibles tous deux à l’horizon, pour construire le triangle rectangle qu’ils forment dans l’espace, et pour évaluer le rapport entre les distances qui les séparent de nous. Aristarque trouvait l’angle entre le soleil et la lune, au moment de la dichotomie, égal à 87 degrés, et il en concluait que la distance du soleil était dix-neuf fois celle de la