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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/410

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formation de notre système financier attire à son tour l’attention de la critique historique ? Quand notre budget dépasse 2 milliards 400 millions, quand notre dette atteint 21 milliards 350 millions, on se demande avec une patriotique inquiétude comment la France pourra supporter de pareilles charges sans en être accablée ; mais, quand on la suit à travers les quatorze siècles de son existence, on reprend confiance, et l’on ne désespère pas du salut en voyant avec quelle merveilleuse puissance elle a dans tous les temps relevé ses ruines, et trouvé dans ses inépuisables ressources le remède de sa misère.

I.

Les documens relatifs à l’histoire des revenus publics sous la première race sont si peu nombreux et si peu explicites qu’ils ont donné lieu, de la part des publicistes et des érudits du xviiie siècle, aux appréciations les plus contradictoires. Mably et Boulainvilliers prétendent que l’organisation fiscale des Romains a disparu au milieu des invasions barbares, qu’il n’existait dans la Gaule franque aucun tribut général comme dans l’empire, que les contributions qui étaient acquittées par les Francs étaient purement volontaires. Montesquieu veut que les Francs n’aient jamais payé d’impôts en leur qualité d’hommes libres et de vainqueurs. L’abbé Dubos affirme au contraire que les impôts romains ont survécu aux invasions et que tous les habitans y étaient soumis, quelle que fût leur origine. Ces diverses opinions, également absolues, contiennent toutes une part d’erreur, et aujourd’hui la science, mieux renseignée, peut constater avec certitude les faits suivans. Les impôts romains se perpétuent dans la Gaule franque [1] et continuent d’être payés par les indigènes, tantôt sous leurs anciens noms, tantôt sous des noms nouveaux. Les tributs acquittés par les Francs dans la Germanie sont également acquittés par eux dans la monarchie mérovingienne. Les deux populations franque et gallo-romaine sont régies, la première par le droit germanique, qui n’admet que les dons volontaires, la seconde par le droit impérial, qui proclame le principe de l’impôt forcé. Malgré les traditions nationales qui la garantissent contre les impôts forcés, la population franque n’en est pas toujours exempte, et quelques-uns des rois mérovingiens essaient de l’y soumettre. Malgré le droit impérial et le droit de conquête, la population gallo-romaine jouit de quelques immunités, et l’exemption est

  1. Voyez entre autres, comme preuve de ce fait, les exemptions d’impôts accordées par Clovis à divers monastères. Rerum Gall. et Franc, script., t. IV, p. 616. — Flodoardi Hist. eccles. Remensis. l. II, 2.