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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/383

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bany, à 50 lieues de distance au nord, pour les navires du plus fort tonnage.

C’est le long de l’Hudson que s’alignent les quais en bois ou piers où viennent s’amarrer, chacun dans un bassin respectif construit aux frais des compagnies maritimes, les steamers arrivant d’Europe. Chaque navire, en allant vers sa jetée, passe devant un vaste édifice qui baigne ses pieds dans l’eau, et qui rappelle un cirque par son architecture aux formes circulaires : c’est Castle-Gardcn. Jadis c’était un fort qui défendait sur l’Hudson la pointe de l’île de Manhattan, où est bâti New-York ; aujourd’hui c’est le lieu de réception, en quelque sorte la gare, l’hôtel provisoire où débarquent ces nombreux émigrans qui viennent chaque année, au nombre de plusieurs centaines de mille, porter le secours de leurs bras à l’Amérique du Nord, la peupler, la cultiver, l’enrichir. C’est là qu’arrivent ces cargaisons humaines, ces essaims de robustes travailleurs, échappés des pays trop restreints ou trop pauvres de la vieille Europe, et qui, tout à coup transformés en citoyens de la jeune Amérique, entrent pour jamais dans le giron des États-Unis.

I.

Ce n’est qu’à partir de l’année 1820 que le mouvement d’émigration de l’Europe vers l’Amérique du Nord a pris un essor régulier et progressif. Au temps de la domination des Hollandais, qui en 1621 bâtirent New-York sous le nom de Nieuw-Amsterdam, et qui en 1664 perdirent cette colonie, qui passa dès lors aux mains des Anglais, il ne partait pour ces lointains parages qu’un navire ou deux par an. On essayait d’attirer les émigrans en leur donnant gratuitement le passage à bord des vaisseaux qui allaient ravitailler la colonie et en leur faisant des concessions de terres le long de l’Hudson. Il en vint ainsi, dans l’espace de quarante ans, quelques milliers à peine. Leurs descendans existent encore à New-York, à Albany, et ont même fourni un président, Yan Buren, à la république américaine. On continue à les désigner sous le sobriquet populaire de knickerbockers (porteurs de guêtres et de culottes), et ils apparaissent avec ce nom plaisant dans les romans de Cooper et d’Irving.

Sous la domination anglaise, les choses n’allèrent guère mieux. En 1710, le gouvernement de la métropole envoyait à ses frais sur l’Hudson environ 3 000 Allemands, chassés de la Souabe et du Palatinat par la guerre, la famine ou la persécution religieuse. Cet essai de colonisation officielle ne réussit pas. Le quart environ des émigrans mourut du scorbut ou du typhus en mer ou à l’arrivée, et d’ailleurs on cherchait des sujets et des mercenaires, les émigrans voulaient être indépendans et libres. Ceux qui vinrent à leurs frais,