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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/230

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avec la nécessité, il n’y avait qu’à prendre les choses comme elles étaient, à s’établir dans la situation où l’on se trouvait et à organiser la république. Dans ces conditions, la politique conservatrice pouvait reprendre toute son efficacité, parce qu’elle s’appuyait sur un terrain désiré et assuré.

Une des choses les plus curieuses au contraire, c’est que depuis le premier moment ceux qui ont créé la présidence septennale sont justement ceux qui ont l’air de la prendre le moins au sérieux ou de l’interpréter de façon qu’elle ne soit qu’une fiction, un expédient de circonstance, dont on reste libre de se débarrasser quand on voudra ou quand on pourra. Au lieu d’entrer franchement dans la voie nouvelle qu’on a ouverte, on tergiverse, on équivoque, on est plein de réticences. Au lieu de tenir pour résolues les questions de forme politique qui divisent le plus les esprits et de s’occuper des affaires sérieuses du pays, on délaisse les affaires, on les traite avec distraction ou avec une impatience hâtive, et on se jette sur tout ce qui peut entretenir l’incertitude et l’agitation. Quelle est la politique du ministère au milieu de cette confusion ? Le ministère a probablement une politique qu’il fera connaître un de ces jours un peu mieux qu’il ne l’a fait jusqu’ici avec la loi des maires et avec la menace d’une loi sur la presse. En attendant, il déploie ses talens de tacticien. Il met tout son zèle à calmer la mauvaise humeur des uns, à donner aux autres des espérances, à rallier les indisciplinés. Il ménage les légitimistes, il s’efforce de retenir les bonapartistes. Au fond, il voudrait bien aller jusqu’à un bout de centre gauche, mais il faut du temps, on ne voudrait pas trop se brouiller avec la droite. Bref, le ministère est trop habile, il se perd trop en combinaisons, c’est là sa faiblesse ; il multiplie autour de lui les petites complications, lorsqu’il ne pourrait prendre un ascendant réel sur les partis que par la fermeté de ses résolutions. Le tort du ministère est de peu diriger, et s’il croit faire ainsi de la politique, il se trompe ; il n’arrive qu’à compromettre une situation qui aurait pu être aisément très forte, à épuiser le prestige de cette présidence septennale dont il est le représentant, en l’exposant à perdre devant l’opinion le caractère d’un pouvoir impartial et supérieur. C’est là en effet une question que M. le duc de Broglie, devenu ministre de l’intérieur, peut s’adresser à lui-même. Quels sont jusqu’ici les résultats de la présidence septennale ? Les inquiétudes sont-elles sensiblement diminuées ? la confiance renaît-elle dans les affaires, dans le mouvement des transactions et des intérêts ? Qu’on y songe bien, M. le maréchal de Mac-Mahon a pu donner un nom respecté à la présidence ; c’est à ceux qui sont chargés de la direction politique de ne point dissiper en vaines combinaisons une autorité dans laquelle le pays a pu voir une rassurante promesse.

Que fait de son côté l’assemblée ? C’est elle qui a créé cette situation, cette septennalité, et il semblerait naturel qu’elle fût vivement préoc-