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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/227

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probablement des loisirs ouvrent à Versailles une académie où, sous prétexte de lois organiques, ils se livrent à l’étude de toutes les théories connues et inconnues du droit constitutionnel. Le ministère nomme des préfets et des ambassadeurs ; puis c’est toujours la grosse question : il s’agit de savoir de quel côté on penchera sans tomber, sur quelle fraction de la chambre on pourra s’appuyer, si M. le duc Decazes dispute l’influence à M. le duc de Broglie dans le cabinet, et si M. le duc d’Audiffret-Pasquier, sentant s’agiter en lui l’âme d’un Louvois, se dispose à escalader le ministère de la guerre ! Impôts, coups de tactique, conflits de vanités, rêveries sur les lois constitutionnelles, ce sont là sans nul doute des étrennes de nature à flatter le pays ; mais, si le pays à son tour pouvait parler, il aurait peut-être, lui aussi, ses souhaits de bonne année pour ceux qui le représentent et pour ceux qui le gouvernent. Il leur souhaiterait, dans son propre intérêt, une activité un peu moins tournée aux petites combinaisons et un peu plus occupée des affaires sérieuses, un peu moins de satisfaction d’eux-mêmes et un peu plus de netteté de direction. Il souhaiterait au gouvernement une vraie politique et à l’assemblée une vraie majorité, aux royalistes la résignation à ce qu’ils ne peuvent pas empêcher, et aux républicains un peu de sagesse. À tous, il souhaiterait un sentiment à la fois plus précis, plus énergique et plus désintéressé de l’œuvre qu’ils se sont donné la mission d’accomplir, et qui depuis quelque temps ne fait pas de sensibles progrès, — car enfin, il faut bien l’avouer, cette année qui expire aujourd’hui, elle laisse tout inachevé : elle laisse des pouvoirs mal définis, une politique intérieure sans précision et réagissant jusque sur nos relations extérieures elles-mêmes, une réorganisation militaire toujours incomplète, des commissions parlementaires toujours en travail de lois qui n’arrivent pas, d’un régime d’institutions fixes qui pourrait donner une certaine sécurité au pays et qu’on ajourne sans cesse.

Ce n’est point assurément que cette année 1873 qui finit ait passé sans aucun profit pour la France. De toute façon, elle restera d’abord l’année de la libération du territoire par l’acquittement définitif de la colossale indemnité de guerre dont nos désastres nous avaient légué le fardeau. Un peu plus de deux ans après que les armes étaient tombées des mains des combattans, la France a pu racheter de l’occupation étrangère la dernière de nos villes laissée en gage à l’Allemagne. En ce court espace, elle a trouvé dans son travail, dans son épargne, dans son crédit, de quoi payer 5 milliards ; elle a même devancé les termes des paiemens pour délivrer plutôt nos provinces, et cette opération si compliquée, si difficile, conduite avec autant de prévoyance que d’habileté, avec autant de prudence que de résolution au milieu des circonstances les plus douloureuses, reste l’ineffaçable honneur de M. Thiers, qui a pu laisser ce patriotique héritage entre les mains de ses successeurs au