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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/176

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En résumé, malgré l’état social du pays, qui a été jusqu’à présent le principal obstacle au développement de ses ressources, on peut affirmer que sous un gouvernement fort, reposant sur la loi et non point sur le sabre, comme il est arrivé trop souvent, le Pérou ne tarderait point à prendre le premier rang parmi les républiques de l’Amérique latine. La richesse du sol, la douceur du climat, semblent appeler l’émigration étrangère, qui, habilement attirée, sagement conduite, trouverait facilement des élémens de fortune dont le pays bénéficierait lui-même. Aujourd’hui que la condition essentielle, celle du gouvernement, semble résolue dans son sens le plus favorable, il nous reste à faire connaître les travaux dont ce gouvernement poursuit l’exécution au prix des plus grands sacrifices ; la hardiesse même de la conception est en rapport avec le but qu’il se propose, celui de la régénération d’un peuple par le travail.

II.

On comprendra maintenant l’utilité qu’il y aurait à établir de bonnes voies de communication, comme aussi l’écueil, moral plus encore que physique, contre lequel devait se heurter toute tentative sérieuse. Le Pérou n’avait point pour lui l’exemple du passé : la domination espagnole n’avait rien fait sous ce rapport, et lorsqu’en 1825 le pays se trouva tout à coup maître de ses destinées, il ne se rencontrait pas dans toute l’étendue de la république une seule route carrossable. Le régime de la liberté ne fut pas plus fécond, et il faut attendre jusqu’aux premiers mois de cette année même pour trouver entre le Callao et Lima la première route livrée à la circulation des voitures. Sur la côte et à la porte même de la capitale, il n’y a d’autres chemins que des routes de sable où quelques charrettes peuvent encore circuler ; mais, si l’on s’écarte un peu, le chemin se transforme bientôt en un sentier qui n’est plus accessible qu’aux seules mules de charge. Dans la sierra, c’est encore bien autre chose : les transports s’opèrent à dos de mules ou de lamas, et je sais, pour les avoir éprouvés, les embarras sans nombre, je pourrais dire les dangers qu’occasionne une rencontre avec un convoi de ce genre. Les animaux marchent l’un derrière l’autre à la file indienne ; le maximum de la charge du mulet est de 150 kilogrammes et du lama de 50 kilogrammes seulement. Or, depuis que le Pérou existe, il n’y a jamais eu d’autre moyen de transport ni d’autres communications avec les différens points de la côte et ceux de l’intérieur. Peut-on s’étonner dès lors du prix exorbitant atteint par certaines choses ? Ainsi le fret d’une tonne de marchandise arrivant d’Europe se paie une cinquantaine de francs, lorsqu’il faudrait don-