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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/153

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Ainsi, neutralité absolue, neutralité souveraine, « et je battrai qui me voudra battre, » — voilà le parti auquel s’arrête Frédéric-Guillaume IV après une année d’hésitations. Or, tandis qu’il résume en ces termes sa politique personnelle et s’y attache avec force, le représentant de la Prusse à Vienne, M. d’Arnim, continue de prendre part avec ses collègues de France, d’Angleterre et d’Autriche aux négociations qui ont pour but d’aplanir les difficultés pendantes et de maintenir la paix générale. C’est ce qu’on appelle la conférence de Vienne. Il y a six mois que cette conférence est à l’œuvre et qu’elle poursuit son but avec une patience à toute épreuve. Elle a échoué pourtant, tous ses efforts ont été inutiles, l’Angleterre et la France vont être contraintes de protéger la Turquie par les armes. Avant que la lutte s’engage, la conférence de Vienne juge nécessaire de couronner ses travaux par un grand acte : une convention proclamera les principes communs aux quatre puissances et la persistance de leur union sur le terrain de ces principes malgré la différence de leurs résolutions suprêmes. En d’autres termes, deux de ces puissances, la France et l’Angleterre, vont déclarer la guerre à la Russie ; les deux autres, l’Autriche et la Prusse, ne croient pas devoir recourir à l’emploi des armes ; toutes les quatre cependant tiennent à faire une proclamation solennelle des principes qui ont dirigé leurs efforts. Ce qui fait la valeur des conventions dans la hiérarchie des actes diplomatiques, c’est qu’elles doivent nécessairement porter la signature des souverains. Le roi de Prusse voudra-t-il signer la convention de la conférence de Vienne ? Celui qui a écrit le 9 janvier la lettre citée plus haut, celui qui parle si fièrement de neutralité souveraine et qui ne veut plus être pressé ni d’un côté ni de l’autre, celui-là consentira-t-il à s’engager de sa personne dans une déclaration de principes qui atteint l’empereur de Russie ?

Les ministres anglais connaissaient assez le caractère de Frédéric-Guillaume IV pour éprouver bien des doutes à ce sujet. C’est pourquoi lord Clarendon, pressant M. de Bunsen d’agir sur le cabinet de Berlin, ne ménageait ni les adjurations ni les reproches ; voici ce que Bunsen écrit dans son journal à la date du 4 mars 1854 :

« Hier, dans l’après-midi, lord Clarendon m’a tenu le langage le plus vif, le plus véhément, disant que la Prusse devait se décider sans retard, joindre sa sommation à celles des autres puissances, par conséquent déclarer la guerre à la Russie. Aujourd’hui le Times publie un article, d’une inspiration évidemment officielle, où la politique de la Prusse est traitée avec mépris, tandis que l’Autriche est exaltée. Ambas-