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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/122

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tant un avantage sur l’époque dont je parle : le premier consul, si puissante que fût son intelligence, était complètement ignorant des habitudes et de la constitution de notre pays. Le président actuel de la France au contraire sait parfaitement de quelle liberté nous jouissons, jusqu’à quel point est poussée chez nous la licence de la polémique, et il comprendra que les invectives les plus violentes de notre presse n’impliquent pas le moindre sentiment d’hostilité de la part du gouvernement ou de la nation. » Les applaudissemens unanimes qui saluèrent ces paroles montrèrent que pour le fond des choses l’affaire était vidée. Entre lord John Russell et lord Palmerston il y avait encore une question secrète, une question obscure ; sur leur façon d’apprécier l’acte du 2 décembre 1851, ou du moins les conséquences de cet acte, il n’y avait pas de dissentiment. Les ministres en place pensaient comme le ministre congédié. La chute de lord Palmerston n’avait aucune signification politique.

Tout cela ne fut bien connu à Berlin qu’après la séance dont nous venons de parler, c’est-à-dire après le h février 1852. Jusqu’au jour où lord John Russell fit cette déclaration publique de ses sentimens, Frédéric-Guillaume IV resta persuadé que la chute de lord Palmerston annonçait un changement sérieux dans la politique anglaise. Le temps était passé où le roi de Prusse se faisait de si étranges illusions sur le noble lord. À l’époque du Sonderbund, en 1847, il se plaignait amèrement de l’astuce de M. Guizot, qui défendait la même cause que lui, et il appelait lord Palmerston le bon vieux honnête John Bull en personne au moment où cet honnête John Bull soutenait par des moyens si équivoques la politique révolutionnaire en Suisse. Pour dessiller ses yeux, il avait fallu les événemens de 1850. L’attitude, très équitable cette fois, de lord Palmerston dans les affaires du Danemark avait causé le plus vif mécontentement à Frédéric-Guillaume IV, qui partageait sur ce point les passions de son pays. Dès lors il était passé d’un extrême à l’autre. À une confiance aveugle avait succédé une aversion presque ridicule. Il attribuait à lord Palmerston cette série d’échecs et d’humiliations que la Prusse avait subis depuis 1849. Aussi quel cri de joie lorsqu’il apprend, le 25 décembre 1851, que lord John Russell a chassé lord Palmerston du ministère ! Chassé, le mot est dur ; c’est le mot dont se servent les amis de lord Palmerston pour envenimer les reproches qu’on adresse à lord John Russell, c’est le mot qui, répété par Frédéric-Guillaume IV, inspire et entretient ses illusions. Évidemment, si Palmerston a été frappé de la sorte, c’est parce qu’il avait reconnu le nouveau dictateur de la France malgré la défense expresse du ministère et de la reine. Voilà donc le cabinet de Saint-James qui s’éloigne de la politique révolutionnaire. Grâces soient rendues à Dieu ! le roi de Prusse re-