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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/121

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çait de devenir dangereuse ; lord John se débarrassa sans plus de façon d’un collaborateur qui le compromettait.

Aucun doute ne fut possible à cet égard lorsque lord John fut obligé de donner des explications à la chambre des communes sur le renvoi de lord Palmerston. Ce renvoi avait causé une émotion profonde en Angleterre. La presse libérale était irritée. Les radicaux semblaient oublier que lord Palmerston était favorable au coup d’état ; ils se rappelaient seulement le langage hardi, l’attitude parfois révolutionnaire du ministre en face des gouvernemens absolutistes de l’Europe, et ils accusaient la reine d’avoir cédé à une pression étrangère. On parlait d’une brochure très vive qui allait paraître sous ce titre : Palmerston. Qu’a-t-il fait ? On disait que Palmerston lui-même l’avait arrêtée pour ne pas jeter dans le public des révélations trop graves. En un mot, la colère et la curiosité publiques étaient excitées au plus haut point ; on était impatient de savoir comment lord John Russell pourrait justifier sa conduite. Nous n’avons pas à nous occuper ici de cette justification ; le seul point qui intéresse notre récit dans le discours que lord John prononça devant les communes le 4 février 1852, c’est l’exposé de ses sentimens propres et de l’opinion du cabinet au sujet des événemens de la France. Cette déclaration est d’une netteté singulière ; en voici un passage : « je me bornerai à dire que le président de la république française, ayant tous les moyens d’information qu’il possède, s’est sans aucun doute décidé pour les mesures qu’il a prises après avoir bien examiné l’état de la France et s’être assuré que le parti qu’il adoptait était le plus propre à établir le bien-être du pays qu’il gouverne. » Des murmures ayant accueilli ces paroles, le premier ministre reprend avec plus de force : « Oui, laissez-moi le redire, je crois, et tout ce que j’ai appris me confirme dans cette opinion, que, dans la pensée du président, mettre fin à la constitution, avancer l’élection de 1852, briser l’assemblée, tout cela importait au bonheur de la France. » Des murmures se font encore entendre, mais cette fois mêlés à des applaudissemens, et l’orateur continue : « J’irai plus loin, car, je le confesse, j’ai vu avec le plus grand regret le langage tenu par une portion de la presse anglaise à l’égard du président. Enfant, j’ai vu, — homme, j’ai lu tout ce qui a été tenté pour empêcher que la paix d’Amiens ne durât, et pour précipiter les deux pays dans les plus sanglantes hostilités qui aient jamais désolé l’Europe (écoutez ! écoutez ! ). Je crois qu’une discussion calme et des négociations entre les deux pays auraient pu prévenir les calamités de la guerre ; mais le langage de la presse à cette époque était fait pour rendre impossible toute négociation et toute chance de paix. Monsieur le président, je serais désolé de voir la presse tenir aujourd’hui une conduite semblable. Nous avons pour-