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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/104

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ladium. En réalité, si elle ne faisait aucun bien à l’agriculture, elle ne lui faisait pas non plus grand mal. Notre territoire était trop fractionné en petits marchés, isolés et indépendans, pour qu’une faible importation ou exportation sur l’un de ces marchés pût avoir le moindre effet sur les prix des autres. Quand notre commerce extérieur dut s’étendre pour combler les déficits croissans de nos récoltes, on ne tarda pas à s’apercevoir qu’il était mal préparé pour ce rôle, qu’il était gêné dans ses allures par les minutieuses combinaisons de l’échelle mobile. N’ayant jamais qu’une idée assez imparfaite de nos besoins et ne pouvant d’ailleurs établir aucun calcul un peu précis sur les bases fragiles du tarif, il n’opérait que tardivement et mal. Certains de nos marchés étaient déjà épuisés quand le blé étranger commençait à y apparaître. Tout cela, joint aux difficultés, aux lenteurs et aux frais des transports à l’intérieur, n’apportait qu’un remède insignifiant à un mal très grave, et laissait la moindre disette se changer en famine dans les lieux les plus mal pourvus. À la suite de la désastreuse récolte de 1816, la famine avait véritablement régné près d’une année entière : jusqu’en juin 1817, les prix n’avaient cessé de monter.

Quand le déficit de la récolte de 1816 fut connu, le gouvernement suspendit l’échelle mobile afin de faciliter l’action du commerce et d’assurer notre approvisionnement ; mais cette suspension fut trop tardive et trop limitée dans sa durée : l’approvisionnement se fit encore dans de mauvaises conditions. Cependant la période aiguë de la crise, au lieu de se prolonger jusqu’au mois de juin, comme en 1817, s’arrêta en avril et mai de l’année 1847. Les arrivages étrangers commencèrent à faire baisser les prix à partir de cette date. En septembre 1853, à la suite d’une mauvaise récolte, qui fut suivie de plusieurs autres, l’échelle mobile fut suspendue de nouveau sans interruption jusqu’en 1859. Le commerce eut alors à faire face à des besoins nombreux : il étendit ses opérations, assura sa marche et obtint de bien meilleurs résultats. À la suite de la récolte qui avait provoqué la suspension de l’échelle mobile, une crise des subsistances s’était déclarée, mais elle était enrayée dès le mois de janvier 1854, sans que le prix moyen mensuel, qui avait été de 45 francs en 1817 et de 38 francs en 1847, dans la période aiguë de ces deux crises, atteignît tout à fait 32 francs. La récolte de 1854 fit baisser les prix jusqu’à 56 francs dès le mois de septembre, et ils se maintinrent à ce niveau jusqu’à la récolte de 1855, qui laissa un nouveau déficit et détermina une nouvelle crise. Cette crise n’augmenta d’intensité que jusqu’au mois de novembre, où le prix moyen fut de 33 francs l’hectolitre. Les arrivages du commerce firent la baisse à partir de la fin de décembre. Le rétablissement de l’échelle mobile ne fut que momentané. La