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qui parlent ainsi d’un ton dégagé en croyant tout décider d’un mot, ces royalistes ne s’aperçoivent pas qu’ils imitent absolument ces républicains extrêmes disant de leur côté à la France : Vous le voyez, l’alternative est claire, la république ou l’ancien régime avec ses conséquences, avec les nobles, la dîme et le gouvernement des prêtres ! — Les partis se croient bien habiles en enfermant une nation dans ces dilemmes absolus d’où l’on semble ne pouvoir s’échapper que par effraction ; ils n’oublient qu’une chose, le pays lui-même, qui ne veut ni de l’ancien régime, ni de l’anarchie, ni du radicalisme, ni du gouvernement des prêtres, et qui acceptera sans souci de l’étiquette tout ce qui pourra lui assurer la paix et la sécurité.

À quoi tient la confiance qu’inspire le nom de M. le maréchal de Mac-Mahon ? Elle se justifie sans doute par l’intégrité d’une très noble vie militaire, elle s’explique aussi tout simplement par ce fait, que l’attitude du chef du gouvernement répond à ce sentiment public qui le croit étranger aux agitations des partis, uniquement occupé de son devoir de premier serviteur de la France. Personne ne fait moins de bruit que M. le président de la république ; il ne dit rien, il ne prononce pas de discours, il n’écrit pas, et si on lui adresse des consultations, il fait répondre qu’il ne répondra pas. Que le maréchal de Mac-Mahon ait son opinion sur certaines choses d’intérêt national, on n’en peut douter, et sans qu’il ait eu jamais à s’expliquer, il est par exemple assez vraisemblable qu’on ferait difficilement tomber de ses mains le drapeau qu’il plantait sur la tour Malakof, ou dont il s’enveloppait dans son héroïque deuil de Reischofen. On le croit, on en est sûr, l’instinct national sent qu’il a en lui un gardien vigilant, et on est convaincu aussi qu’avec l’autorité incontestée dont il dispose sur une armée obéissante et fidèle, il n’a pas même la pensée qu’il pourrait se servir de ce pouvoir pour faire violence au pays, bien moins encore dans des vues d’ambition personnelle. La confiance va vers lui parce qu’on le sait modeste, aussi calme que désintéressé au milieu des contradictions de la politique, uniquement préoccupé de maintenir l’ordre et de préserver la France des aventures en dehors de toutes les voies régulières et légales. De là aussi est venue cette idée de donner un caractère plus définitif et plus fixe à l’autorité présidentielle du maréchal de Mac-Mahon. C’est ce qu’on appelle la prorogation des pouvoirs du président ; mais il est clair désormais, si on en vient à cette mesure, que cela ne peut suffire, que cette prorogation des pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon doit se lier à un certain nombre d’autres lois organiques donnant au pays ses institutions les plus élémentaires, une seconde chambre, un régime électoral qui règle le suffrage universel en le respectant. On a le programme tout tracé dans les lois que M. Thiers présentait il y a quelques mois, sur lesquelles M. Dufaure rappelait l’attention à la