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une révolution prochaine, à courte échéance, et peut-être cette fois plus dangereuse que toutes les autres. Pour la masse, cette révolution violente, à courte date, toujours menaçante, c’est le trouble immédiat de tous les intérêts ; pour ceux qui réfléchissent, ils n’ont qu’à se demander quel serait le lendemain de cette révolution, si, dans ces agitations confuses, stériles, peut-être sanglantes, qui pourraient naître, la monarchie et la république ne disparaîtraient pas également au profit de l’empire, si après tant d’expériences meurtrières ce ne serait pas tout simplement rentrer dans l’ère des aventures.

Ainsi donc voilà où l’on aboutit avec ce système de tergiversations et de diplomatiques réserves. On arrive à une sorte de suspension de la vie nationale, à un état indéfinissable où l’on ne sait plus ce qu’il faut croire ni ce qu’on peut craindre. Le pays reste profondément inquiet, méfiant et troublé au milieu de toutes ces obscurités ; l’assemblée elle-même, le jour où elle se verra en présence d’une résolution nécessaire, peut se trouver partagée, — et c’est dans ces conditions qu’on espère rétablir la monarchie traditionnelle, qu’on prétend fonder la stabilité ! Voilà un espoir et des prétentions bien fragiles. Si encore, au moment d’affronter cette crise, on pouvait distinguer un certain nombre d’hommes commandant la confiance par leur supériorité et leur caractère, prêts à se saisir du pouvoir le lendemain avec une généreuse, une intelligente et énergique décision ! Mais où sont les hommes désignés pour un tel rôle dans un pareil moment où il y aurait tout à faire ? M. le comte de Chambord, et on peut le dire sans lui manquer de respect, a nécessairement tout juste l’expérience d’un solitaire honnête, d’un prince qui a vécu loin de la France depuis quarante-trois ans. Ceux de ses amis dont il pourrait particulièrement écouter les conseils sont à l’œuvre depuis qu’ils figurent dans l’assemblée, ils ont pu déployer leurs talens ; ils n’ont sûrement pas montré une aptitude d’homme d’état qui les signale à l’attention publique, et les plus ardens ont laissé voir que leur esprit politique pouvait se méprendre étrangement sur les véritables dispositions de la France. Les monarchistes constitutionnels et libéraux seraient bientôt suspects, d’autant plus qu’ils n’ont pas paru jusqu’ici très empressés à se rendre à Frohsdorf pour faire leur soumission.

M. le comte de Chambord, dans une lettre récente où il disait avec une certaine hauteur que tout le monde avait besoin de lui, ajoutait aussitôt qu’il avait à son tour besoin de tout le monde. Fort bien, à la condition qu’il veuille s’inspirer de l’esprit de tout le monde : c’est là précisément la question. N’importe, les royalistes quand même n’y regardent pas de si près, et ils ont une singulière façon de simplifier le problème en disant aux Français : Vous n’avez pas le choix, c’est à prendre ou à laisser, la royauté ou l’anarchie, le roi ou le radicalisme ! Les royalistes