Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/937

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’une porte, où deux sphinx de granit, debout et traités en bas-relief, tiennent la place ordinaire des taureaux mitrés assyriens.

Il serait facile d’indiquer, après Raoul Rochette, Lajard et Gerhard, des terres cuites, des vases peints, des médailles où, comme sur tel bas-relief célèbre de Lycie, le dieu dompte le lion, l’unicorne, le sphinx ou quelque oiseau de proie, soit qu’il combatte avec le glaive, soit qu’il saisisse les monstres de ses puissantes mains ou les étouffe sur son sein, comme l’Adar colossal de notre musée assyrien du Louvre. Ce n’est qu’assez tard, on le sait, qu’on jeta la dépouille d’un lion sur les robustes épaules de l’Hercule grec et qu’on lui mit en main la massue. L’arc, le carquois et les flèches furent longtemps les armes de ce dieu solaire. A ce propos, je ne puis m’empêcher de rappeler que le personnage de Nymphi est également armé d’un arc. La tunique courte ne doit point sembler étrange lorsqu’il s’agit d’une divinité. Les exemples de dieux et de héros asiatiques ainsi vêtus sont nombreux sur les cylindres et sur les médailles de Phénicie, de Cilicie, de Lycie, de Phrygie, etc. La bipenne enfin, que tout le monde a vue dans les mains des Amazones, est une arme essentiellement asiatique. La lettre dite de Jérémie, bien qu’apocryphe et dépourvue de tout caractère d’authenticité, est précieuse à certains égards pour l’archéologie ; elle parle de la hache, qu’on voyait aux mains des dieux de Babylone. Dans un bas-relief assyrien de Nimroud, reproduit par Layard, le dieu tient la hache de la droite et peut-être le foudre de la gauche. Bien des siècles plus tard, au temps des Antonins, le même symbole reparaît sur les monumens relatifs au culte de Jupiter de Dolichéné, dans la Commagène. Tout le pays de la Haute-Syrie et de l’Amanus, si souvent traversé par les armées des monarques d’Assur dans leurs expéditions à l’est de l’Euphrate, en Cilicie et dans la Cappadoce, a été profondément pénétré d’élémens religieux venus de l’Assyrie : c’est Hiérapolis, Antioche, Émèse, Héliopolis, Laodicée du Liban, où les cultes solaires et lunaires ne vont point sans le lion et le taureau. Pour ne citer, parmi les monumens du Jupiter Dolichénus, que la pyramide en bronze à bas-reliefs figurée dans le beau mémoire de Seidl [1], le dieu est debout sur un taureau, il tient d’une main la bipenne et de l’autre le foudre.

Une petite statuette en bronze de l’Asie-Mineure, sans doute des provinces orientales, est venue prouver l’existence d’un culte populaire de Samdan chez les nations de la péninsule [2]. A voir cette

  1. Dans les Sitzungsberichte der K. Akad. der Wissenschaften, Wien 1854. Cf., dans W. Frœhner, les Musées de France (Paris 1872, in-fol. ), I, 27 et suiv., les deux Jupiter Dolichenus reproduits d’après les dessins d’É. Dupérac, qui sont au Louvre.
  2. Voyez la remarquable étude consacrée à ce monument par M. George Perrot, Paris 1869. Ce bronze se trouve dans les vitrines du Louvre.