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peints, aux médailles, aux cylindres, aux intailles antiques, aux innombrables monumens de toute sorte de l’art grec et de l’art asiatique qui reproduisent l’éternel combat du lion solaire et du taureau lunaire. La grande déesse est une dompteuse de lions. Les bêtes des montagnes, des forêts et des airs, subjuguées, adorent la terre au vaste sein tout comme le font les mortels et les immortels. Qu’on songe à l’Artémis d’Éphèse, la mère aux mamelles sans nombre, dont le simulacre terminé en gaîne portait, disposées en zones, des figures de lions, de cerfs et de taureaux. Sur le fameux coffre corinthien de Kypsélos, la déesse ailée tenait d’une main un léopard, de l’autre un lion. Les fouilles de Théra ont fait voir sur des vases de style asiatique la même divinité, au long vêtement traînant, touchant de ses fines mains le fauve indomptable. Telle terre cuite de l’Italie méridionale, rappelant le style éginétique, montre la déesse ayant en chaque main la patte de deux lions qui se dressent, ouvrent la gueule, regardent derrière eux, comme les lions de la porte de Mycènes. C’est précisément au pied de cette porte que M. F. Lenormant a trouvé une brique estampée, du plus ancien style, où la déesse ailée tient par le cou deux gros oiseaux, symbole qui n’est point rare et par exemple est reproduit sur plusieurs feuilles d’or provenant de la nécropole de Kamiros, dans l’île de Rhodes.

A côté de la déesse de Ptérium est un personnage mâle, le seul de ce sexe qu’on voie dans ce cortège. Il a le haut bonnet conique, la tunique courte et les chaussures à pointe recourbée qui caractérisent le costume des hommes et des dieux sur presque toutes les sculptures de l’Asie-Mineure. D’une main, il tient un long bâton, de l’autre une bipenne ou hache à deux tranchans ; il est également monté sur un lion. Comment ne pas reconnaître ici le dieu Samdan, qui, nous le savons, fut adoré en Cappadoce comme en Lydie et en Cilicie ? Adar-Samdan fait très souvent pendant avec Istar aux lions. A Hiérapolis de Syrie, Adar était le dieu parèdre d’Atergatis [1]. Forme secondaire et planétaire d’Anu, comme l’est Istar d’Anat ou de Bilit, ce dieu de la planète Saturne fut d’abord un dieu du soleil ténébreux ou de l’hémisphère inférieur : de là les cérémonies funèbres en l’honneur de l’Hercule assyrien, qui mourait dans les flammes d’un bûcher pour ressusciter ensuite, et dont on montrait le tombeau. Les légendes de Sardanapale, de Crésus, d’Hamilcar et de Didon dérivent du mythe solaire d’Adar-Samdan. C’est un principe des religions sémitiques que le dieu solaire soit toujours subordonné à la déesse tellurique, mère des dieux comme des autres êtres. Dans les antiques cosmogonies de la Chaldée, l’abîme, le

  1. Fr. Lenormant, Essai de commentaire des fragmens cosmogoniques de Bérose.