Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/930

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui paraît trois fois à Boghaz-Keuï et à Euïuk, rappellent l’influence de la Phénicie, déjà attestée par les tombes phrygiennes. Vêtues de robes traînantes, coiffées de la cidaris crénelée d’où s’échappent des tresses de cheveux tombant sur les épaules, une théorie de prêtresses se déroule sur le rocher et semble aller à la rencontre de l’autre cortège ; les premières figures, aussi de taille colossale, sont montées sur des lions et sur un aigle à deux têtes.

Essayons de découvrir ou plutôt de rappeler le sens de ces panathénées barbares. Il convient de noter tout d’abord deux particularités jusqu’ici caractéristiques des sculptures de la Lydie, de la Phrygie et de la Cappadoce, sans en excepter celles d’Euïuk, également en Cappadoce, le bas-relief d’Iconium en Lycaonie et le tombeau des Harpies en Lycie. La première de ces particularités, c’est la chaussure à pointe recourbée qui, dès une époque reculée, semble avoir été en usage d’un bout à l’autre de l’Asie-Mineure. Ce sont là disons-le en passant, les types de ces « souliers à la poulaine, » où perçait l’ergot du diable, que nos ancêtres du moyen âge s’obstinaient à porter malgré les lois somptuaires et les défenses des saints conciles. Pas plus à Ninive qu’à Persépolis, on ne retrouve cette chaussure, sinon aux pieds de certains peuples vaincus, des conducteurs de chameaux, des esclaves et des captifs conduisant, devant quelque roi d’Assur, des éléphans, des singes, des girafes, des produits de l’Afrique ou de l’Asie centrale. C’est en Italie, dans l’antique Étrurie, sur les tombeaux, dans des peintures murales, des ivoires sculptés, des statuettes de bronze ou de terre cuite, que se présente très fréquemment ce brodequin à pointe recourbée. Qui n’a vu au Louvre le Tombeau lydien et les fresques étrusques de la nécropole d’Agylla ? Cette chaussure passa des Étrusques aux Latins. Aujourd’hui encore elle est communément portée chez certains peuples de l’Orient, en Grèce, en Turquie, en Perse. Si l’origine lydienne des Étrusques avait besoin de nouvelles preuves, l’accord que nous signalons entre certains usages persistans de l’Asie-Mineure et de l’Étrurie ne serait peut-être pas sans valeur.

On peut d’ailleurs citer un autre exemple : c’est la seconde particularité des figures sculptées sur les rochers de la péninsule. Je veux parler de ce bonnet conique, qui sert déjà de coiffure aux ancêtres des Étrusques sur les bas-reliefs égyptiens de l’époque des Ramsès, et qui paraît avoir été une coiffure ordinaire en Asie-Mineure comme chez certains peuples du nord. Ainsi les « bonnets terminés en pointe et se tenant droit » que portaient, au dire d’Hérodote, les Scythes ou Saces asiatiques, rappellent la tiare conique des sculptures de la péninsule. Ce bonnet était en feutre. Sur le bas-relief qui accompagne la fameuse inscription de Behistoun, le chef