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Assurbanipal reçut dans cette ville une ambassade de Gygès, roi de Lydie. Sorte de prétorien, soutenu, comme Psamétik, par des mercenaires kariens, cet étranger avait, à la faveur d’une intrigue de palais ou de harem, assassiné Candaule pour monter sur le trône des Héraclides. Gygès se reconnaissait vassal du roi d’Assyrie, et lui demandait de le secourir contre une nouvelle invasion de Cimmériens. Le texte assyrien rapporte que peu de mois après revint à Ninive une seconde ambassade chargée de riches présens, et amenant prisonniers les deux principaux chefs de ces Scythes d’Asie. Gygès victorieux rendait grâce aux dieux Assur et Istar ; mais le Karien ne se piquait pas de fidélité : il soutint Psamétik contre Assurbanipal. Les garnisons assyriennes du Delta furent chassées par les Lydiens. Le roi de Ninive fit un geste : la Lydie fut dévastée par les Cimmériens, Sardes prise, Gygès périt. Pour éloigner les terribles cavaliers de Touran, Ardys, fils de Gygès, dut se soumettre et envoyer un tribut à Ninive. Ainsi la domination de l’Assyrie en Asie-Mineure, comme plus tard celle des Perses, s’étendait jusqu’à la nier Egée.

De ces considérations d’histoire et d’ethnologie anciennes, singulièrement favorisées par les récens progrès, de l’assyriologie, il ressort avec évidence que les trois grandes races historiques, les Touraniens, les Sémites et les Aryens, se sont rencontrées en Asie-Mineure, — que pendant des siècles la péninsule a été une sorte de province du grand empire sémitique de la vallée du Tigre et de l’Euphrate, — que les arts, les religions, la culture supérieure de cette contrée, ont dû de toute nécessité avoir une importance prépondérante dans le développement ultérieur des diverses formes de la civilisation aryenne. C’est surtout à l’ouest de l’Asie-Mineure, dans les plaines de l’Hermos et du Méandre, dans les deux péninsules de la Troade et de la Lycie, qu’a eu lieu le contact fécond du génie sémitique et du génie aryen. Ce qu’on a rapporté des Grecs asiatiques des côtes, de ces Ioniens qui ont été les éducateurs des Hellènes, suffit pour faire entrevoir quelles idées, je n’ose dire nouvelles, du moins encore peu répandues, doivent désormais prévaloir sur les origines de l’art et de la civilisation helléniques.


II

Un temps viendra sans doute où il ne sera plus permis de parler de l’art grec sans en connaître les formes génératrices. Peut-être n’est-il plus déjà très facile de trouver de nouvelles phrases sur le génie créateur des Hellènes, sur l’originalité absolue des productions de cette race élue, sur l’esprit divin de ce Prométhée, qui a tout inventé, tout tiré du néant et dérobé le feu du ciel : l’admiration doit