Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/856

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nombre se multiplia singulièrement au siècle dernier ; on recherchait cette charge plus encore pour les privilèges qui y restaient attachés que pour les profits qu’elle rapportait et on l’avait baptisée du sobriquet de savonnette à vilain. Le chancelier n’étant pas choisi dans la noblesse, les clercs du secret ne le furent pas davantage : il fallait avant tout au roi des hommes lettrés, d’habiles écrivains, et à l’origine ils ne représentaient pas une catégorie bien distincte des secrétaires du roi. Ce dernier titre fut même spécialement donné, vers la fin du XVe siècle, à des hommes qui remplissaient près du monarque des fonctions analogues à celles de clerc du secret, et répondant à celles qui sont confiées chez un prince au secrétaire des commandemens. L’un d’eux en fit un véritable ministère et eut toute la confiance de son maître ; ce fut Florimond Robertet. « L’importance qu’il avait acquise, écrit M. le vicomte de Luçay, ne s’éteignit pas avec lui. Le pas était franchi, et d’ailleurs le développement progressif du pouvoir civil rendait nécessaire, pour assurer la régularité de son action, la création de fonctionnaires nouveaux chargés des communications entre l’autorité centrale et les autorités inférieures. Henri II institua des secrétaires spéciaux qui eurent pour mission d’expédier sa correspondance et de contre-signer ses commandemens. Ce n’étaient point encore des ministres ; aucune initiative ne leur était laissée ; leurs fonctions se réduisaient à transmettre les décisions prises par le roi et par son conseil, centre unique d’où partait l’impulsion et où venaient aboutir toutes les affaires importantes. Le chancelier et le connétable en étaient encore à cette époque les deux colonnes. Ces secrétaires, qualifiés du titre de secrétaires des finances, n’étaient appelés que dans des circonstances exceptionnelles au sein du conseil d’état, mais, comme ils tenaient dans leurs mains tous les fils de l’administration, leurs lumières étaient souvent invoquées, et il fallut bientôt leur donner le droit d’assister aux délibérations de ce conseil, ce qui eut lieu à dater de 1647 ; ils n’en gardèrent pas moins d’abord leur titre de secrétaires des finances ; deux ans après, l’un de ces officiers, Claude de l’Aubespine, chargé d’une mission diplomatique, y substitua celui de secrétaire d’état, exemple que ses collègues ne tardèrent pas à suivre. Chantes IX, voulant s’épargner l’ennui de signer maintes pièces où son seing royal devait être apposé, autorisa Nicolas de Villeroy à signer pour lui, et, à partir de ce jour, tous les secrétaires d’état usèrent du même droit. L’importance de ces fonctionnaires grandit si rapidement que, déjà vers 1561, l’ambassadeur vénitien Michel Suriano comptait la charge de secrétaire d’état au nombre des quatre offices principaux du royaume. Chacun d’eux dans leur sphère, écrit-il, expédie les affaires, garde les papiers ; ils sont dépositaires des secrets les plus graves. En 1582, les secrétaires d’état