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tète d’une flotte grecque, c’était presque prendre la revanche de l’île d’Aix. Le 17, au point du jour, treize bâtimens égyptiens avaient enfin pu appareiller. Le commandant de Villeneuve alla en ce moment rendre visite à Méhémet-Ali. « Je le trouvai, dit-il, extrême ment animé et décidé à provoquer une affaire décisive. » Pendant ce temps, la flotte grecque s’éloignait lentement vers le nord-est. Un brûlot attardé par le calme était resté en arrière. Une foule d’embarcations égyptiennes coururent sur lui, et l’auraient pris indubitablement, si la brise ne s’était élevée et ne lui eût permis de s’éloigner.

Dans la journée, on avait perdu de vue les Grecs. Vers le soir, ils reparurent, courant la bordée de l’ouest, à très grande distance. Le pacha ne s’était éloigné que de quelques lieues. A la nuit, il se rapprocha de la côte et jeta l’ancre par le travers des passes. Plusieurs frégates et corvettes, qui n’avaient pu appareiller dès le matin, vinrent le rejoindre.

Le 18 juin, quand le jour parut, toute cette escadre, au nombre de vingt-quatre navires, dont 6 frégates et 8 corvettes, mit sous voiles. L’infatigable pacha n’avait pas quitté son brick. « Il va, vient, écrivait le commandant de la Victorieuse, presse, encourage et menace. » Cochrane ne l’attendit pas, et la flotte égyptienne fit d’inutiles efforts pour se rapprocher de la flottille grecque. Vers six heures du soir, les deux armées avaient disparu. « Le pacha, — c’est ainsi que le commandant de Villeneuve termine son intéressant rapport, — le pacha, avec qui le viens de passer une heure, est revenu dans la matinée. Il a donné l’ordre à sa flotte de poursuivre les Grecs jusqu’à Rhodes. Il est plein de confiance dans la valeur de ses marins. »

Informé de cet épisode, l’amiral de Rigny en comprit sur-le-champ la gravité. Les Égyptiens en mer et poursuivant les Grecs, c’était quelque chose de plus sérieux encore que la reddition d’Athènes. « Si la flotte égyptienne, écrivit-il au ministre, se présentait aujourd’hui devant Hydra, il n’y aurait pas de résistance, tout tomberait à la fois. Les affairés intérieures des Grecs empirent chaque jour. Les chefs se disputent, se vendent même la citadelle de Nauplie. Cette forteresse est en ce moment occupée par un certain Grivas, à qui Colocotroni a failli l’enlever par ruse. Le gouvernement provisoire veut s’y installer pour y attendre Capo d’Istria ; malheureusement il n’a aucune force, ni pour s’en emparer, ni pour s’y maintenir. Le général Church tente en vain d’organiser à Egine un corps d’un millier d’hommes. Il faut se hâter, si l’on veut arriver à temps comme médiateurs. »

La médiation ! Oui, sans doute, là seulement était le salut ; mais il y avait bientôt six ans qu’on y songeait. Le prince de Metternich