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parties. J’ai rempli mon devoir en obéissant aux lois de l’humanité et je l’ai rempli avec chaleur. Je me flatte que vous penserez, quand vous aurez pris connaissance de la capitulation ci-jointe, que ce n’a pas été sans quelque succès… J’ai été obligé, à défaut de barques grecques, d’employer les bâtimens de sa majesté au transport de plus de 2,000 personnes. Quant aux moyens que j’ai pris pour rassurer une garnison intimidée par des souvenirs récens, je ne demande à personne de m’en savoir gré. »

Le général Church ne tarda pas à regretter son injustice. L’irritation dont il avait cru un instant pouvoir détourner le cours ne s’en reporta qu’avec plus de violence sur lui, sur Fabvier, sur Cochrane. Pour soustraire Fabvier, l’héroïque Fabvier, à la fureur de la multitude, il fallut à Poros le conduire en prison. « L’ingratitude, disait le général Church au capitaine Le Blanc le 27 juin 1827, est le moindre des défauts que le connaisse aux Grecs. » N’est-ce donc pas le défaut de tous les peuples et surtout des peuples malheureux ? Si la situation de la Grèce ne justifiait pas, elle pouvait du moins faire comprendre des violences qui s’égaraient sur les meilleurs amis d’une cause en ce moment presque désespérée. Toute la Grèce continentale reconquise par Karaïskaki échappait aux Grecs en même temps que l’Acropole. Des 14,000 ou 15,000 hommes que Church et Cochrane avaient assemblés au mois de mai devant Athènes, pas un n’était resté dans l’Attique. Chaque chef en partant emmenait les siens. Il y avait à peine à la fin du mois de juin 1,000 hommes à Salamine. Le reste s’était réfugié en Morée, sans liens, sans confiance, et qui plus est, sans argent. C’était dans de telles conditions que les débris de l’armée de Karaïskaki et du général Church se voyaient exposés à rencontrer Ibrahim déjà maître des provinces de Gastouni et de Vostitza. Corinthe à son tour pouvait être investie, car rien n’empêchait plus Reschid de pousser ses troupes jusqu’à l’isthme. Les primats des villages aux environs de Mégare avaient fait leur soumission. Corinthe réduite, il ne resterait plus aux Grecs que Nauplie ; là était le dernier refuge, la dernière espérance. « Le gouvernement, écrivait l’amiral, va s’y transporter de nouveau. La place bien approvisionnée est imprenable, car les Turcs ne sauront et n’oseront jamais la bloquer par mer tant qu’Hydra et les bâtimens grecs subsisteront. C’est vraisemblablement vers ce point que les renforts d’Égypte, qui ne sont point encore en mouvement, se porteront cet été. S’il y a une attaque un peu vive, le ne doute pas qu’elle ne réussisse. Ce sera alors la fin du drame. »

Le crédit de Nedjib-Effendi avait fait investir Méhémet-Ali de la direction suprême de la guerre. Deux vaisseaux, sept frégates, neuf corvettes, que le commandant de la Lamproie avait vus le