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ménageait à ces troupes si peu solides par elles-mêmes un précieux renfort.

Le colonel Bourbaki, officier français dont la famille était originaire de Céphalonie, avait obtenu du ministre de la marine l’autorisation de prendre passage sur la bombarde l’Hécla, commandée par le capitaine de Gourdon. Le 4 janvier 1827, il annonçait au gouvernement d’Égine son débarquement à Nauplie. Sorti de l’École militaire de Fontainebleau en 1804, commandant du 31e léger en 1815, le colonel Bourbaki n’avait point, on peut aisément le supposer, obtenu ce rapide avancement sans avoir fait ses preuves sur le champ de bataille ; ses états de service mentionnent quatre blessures graves et trois citations. Les événemens de 1815 firent entrer le jeune et brillant colonel dans la classe si nombreuse alors des officiers en demi-solde. La démission de Bourbaki ne fut cependant acceptée qu’en 1820. Libre de toute entrave, ce vaillant courage ne se tourna pas immédiatement vers la Grèce. Ce ne fut qu’en 1827 qu’il se laissa entraîner dans le Levant par le souvenir de son origine et surtout par l’enthousiasme général : à peine eut-il touché le sol ensanglanté de sa première patrie, que son nom et sa haute réputation de bravoure lui donnèrent une armée. 800 Grecs, presque tous septinsulaires, et une foule de philhellènes, se groupèrent autour de cet officier céphaléniote, qui avait eu, comme Fabvier, sa part dans les dernières gloires du grand empire. Les ordres du comité français étaient formels. Bourbaki devait opérer dans la Grèce occidentale. Les instances réitérées du gouvernement d’Égine déterminèrent le colonel, malgré de fâcheux pressentimens, à négliger ces recommandations et à se conformer à des vœux qui lui étaient exprimés avec une certaine violence. Vers la fin du mois de janvier 1827, le nouveau corps avait rejoint au camp d’Eleusis les bandes de Vassos et de Panayotaki Notaras.

Pour l’intelligence des événemens qui vont suivre, quelques détails topographiques sont indispensables ; je les abrégerai autant que possible. Le théâtre où ces événemens se succèdent est étroit ; on l’embrassera facilement d’un coup d’œil. Dix milles à peine séparent à vol d’oiseau le port du Pirée de la pointe de Mégare. Cet espace est presque entièrement occupé par l’Ile de Salamine. En face se dresse un double amphithéâtre de montagnes. On franchit l’un pour aller de Mégare à Eleusis ; on traverse l’autre quand on veut d’Eleusis gagner la plaine d’Athènes. Entre ces montagnes et l’île qui leur est opposée se déploie un large bras de mer dont les eaux profondes se trouvent, par un étranglement soudain, partagées en deux golfes distincts : la baie d’Eleusis et la rade de Salamine. Le Pirée est le premier enfoncement que présente la côte