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membres de la church, c’est-à-dire les communians habituels. Il s’en faut donc de beaucoup que ce chiffre donne le nombre des membres de la congrégation, puisqu’il ne comprend ni les enfans ni ceux qui n’ont pas fait profession de foi. Lors donc qu’on oppose les 5 millions de catholiques aux 6 millions de communians des églises protestantes, il ne faut pas oublier que ces chiffres n’ont pas la même valeur, et que les 6 millions de communians représentent environ 15 millions de fidèles, membres actifs de la congrégation, et quinze autres millions de protestans qui, à la façon d’un trop grand nombre de catholiques, assistent plus ou moins exactement au service divin et qui n’en supportent pas les frais. Ceci soit dit par respect pour la vérité ; il n’en est pas moins certain que l’église catholique, qui se recrute parmi l’émigration irlandaise et allemande, a pris une grande place dans un pays d’où elle a été longtemps bannie, et qu’en certaines villes, comme à New-York, elle exerce une influence considérable.

Si la séparation n’a fait aucun tort à la religion, n’a-t-elle pas au moins diminué les ressources du culte ? Que les faits se chargent de répondre. Pour ne parler que des catholiques, le nombre de leurs églises a triplé depuis vingt ans, et le patrimoine ecclésiastique a sextuplé. Il est vrai que pour ce dernier chiffre il faut tenir compte de l’énorme augmentation qui a eu lieu dans la valeur des propriétés depuis la guerre. En 1850, ou comptait aux États-Unis 1,222 églises catholiques avec un patrimoine de 10 millions de dollars ou de 50 millions de francs ; en 1870, il y avait 3,806 églises, et un patrimoine de 60 millions de dollars ou 300 millions de francs. On calcule que les biens de l’église catholique représentent à peu près le sixième du patrimoine de toutes les églises, et que les édifices consacrés au culte romain font le seizième du nombre total des temples. En d’autres termes, il y aurait aux États-Unis quelque chose comme 60,000 églises avec un patrimoine de 1,800 millions. Il est difficile de croire qu’un gouvernement eût été aussi généreux ; il n’y a que la foi pour faire de pareils miracles.

En outre de ces propriétés, chaque paroisse fournit à ses dépenses par les contributions des fidèles. Chez les méthodistes, c’est une souscription, hebdomadaire, mensuelle ou trimestrielle, qui défraie le culte. Je crois qu’il en est de même chez les catholiques. Chez les protestans, la façon la plus générale de se procurer des ressources, c’est la location des bancs (pews). Chaque banc contient de quatre à six places, de quoi contenir une famille. Souvent, pour subvenir aux frais de construction d’un temple, on adjuge ces bancs en vente publique, et on les charge en outre d’une redevance annuelle. A New-York, où tout est fort cher, il n’est pas rare de payer de 5,000