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agrémens. La mission principale des associations populaires comme celle dont il est question ici doit être par conséquent bien moins d’aider à la multiplication des savans que de provoquer des adhésions éclairées à l’office de libération et d’émancipation que remplit la science, et de répandre ce qui est le nerf et la moelle de la science, l’esprit scientifique. L’esprit scientifique n’est autre en soi que l’instinct du travail et de la patience, le sentiment de l’ordre, de la réalité et de la mesure, et l’on conviendra qu’entendu de la sorte rien ne saurait être plus salutaire aux hommes. Quand on est convaincu que l’harmonie est la suprême raison des choses, que les bouleversemens, les violences et les infractions à la loi sont contraires à l’évolution régulière et lente des phénomènes, que l’avenir se rattache au passé par le présent, et qu’ils ne sont tous trois que les parties solidaires d’un même tout, ouvrage d’une idéale intelligence, on devient jaloux, et on désire que les autres le deviennent, de cet esprit de paix sereine et d’ordre inaltérable qui pénètre le monde.

Si l’esprit scientifique doit régler l’esprit pratique en introduisant dans les mœurs et dans la vie plus de sagesse et de gravité, dans l’industrie plus de sûreté et de précision, l’esprit scientifique à son tour doit être soumis à une direction d’un ordre plus élevé, celle de l’esprit philosophique. Nous touchons ici à un point fort délicat. On peut dire de la philosophie ce que M. l’évêque d’Orléans disait à l’assemblée nationale en parlant de la religion. La philosophie ne gêne pas nos savans, elle leur manque. De là l’irrésolution des entreprises, la divergence des directions, l’incohérence des travaux, l’obscurité des idées. C’est à cela, bien plus qu’à l’insuffisance des ressources matérielles, qu’il convient d’attribuer l’état d’infériorité relative de notre activité scientifique. Ah ! de combien nos savans dépasseraient ceux du reste de l’Europe, s’ils se fortifiaient par une plus claire notion des vérités de l’ordre spéculatif, par un goût plus vif des doctrines, par une plus juste confiance dans la vertu des abstractions !

La séance de clôture du congrès a eu lieu le jeudi 28 août. Après une allocution un peu mystique de M. le préfet Ducros, on a procédé à l’élection du bureau et au choix d’un lieu de réunion pour l’année prochaine ; M. Wurtz, vice-président cette année, sera président l’an prochain, M. d’Eichtal vice-président, et c’est à Lille que le congrès siégera en 1874. La réunion aura dans la capitale de la Flandre un aspect un peu différent, le personnel des assistans sera un peu modifié ; mais l’esprit de l’association sera le même, et il faut souhaiter qu’il ne change jamais.


FERNAND PAPILLON.