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présente les vestiges de l’homme préhistorique qu’on rencontre dans toutes les stations du même genre : débris de cuisine, ustensiles, ossemens d’hommes et d’animaux. On trouve là, dans des tranchées creusées à 3 ou 4 mètres de profondeur, des dalles de pierre représentant des plates-formes sur lesquelles on rencontre parfois des cadavres humains entourés d’une foule d’objets usuels. On ne sait pas si ces plates-formes sont des âtres de foyers d’habitation, c’est-à-dire des fonds de hutte ou des sépultures. Tout près, on découvre divers ustensiles en silex, flèches, lances, etc., tous taillés très finement, en forme de losange, de feuille de saule ou de feuille de laurier. Les couteaux, les éclats, les grattoirs, les nucléi de toute structure et de toute dimension sont fort abondans. Pas de scies, ni de hachettes, ni d’outils tranchans. Les instrumens en os sont de simples lissoirs, des poinçons ou des manches d’outils. Les objets d’art et les dessins sont fort rares. Les flèches et les aiguilles en os manquent complètement. Non loin de ces restes de la grossière civilisation de nos ancêtres gisent d’énormes quantités d’ossemens de mammifères, tels que le cheval, le renne, l’éléphant, le cerf, le bœuf, le loup, le lièvre, etc. Le cheval et le renne prédominent. La station de Solutré est particulièrement caractérisée par une accumulation extraordinaire d’ossemens de chevaux brisés et calcinés qui forment là un magma de plusieurs mètres d’épaisseur sur une étendue très grande. On estime à près de quarante mille le nombre des cadavres de chevaux agglomérés dans ces couches singulières. Les avis les plus contradictoires ont été émis par les hommes compétens pour expliquer la présence de ces animaux. Les squelettes humains ne sont pas rares. On en a déterré un sous nos yeux. Les crânes de ces squelettes prouvent qu’il y avait à Solutré deux races d’hommes dont la plus ancienne était dolichocéphale, races contemporaines de la fin des temps quaternaires, postérieures à celles du Moustier, antérieures à celles de Laugerie-Basse, de La Madeleine et des Eyzies. Après avoir écouté les discussions infinies que soulèvent les insolubles difficultés préhistoriques entre les personnes qui se passionnent pour ces problèmes, après avoir consciencieusement visité les tranchées qu’on offrait à leur observation, les membres du congrès, au nombre de près de deux cents, prirent place vers midi autour d’une table somptueusement servie sur la hauteur même qu’habitaient, il y a de longs siècles, nos ancêtres de l’époque quaternaire. Beaucoup de toasts furent portés à la fin du déjeuner. C’est dans un de ces toasts que M. l’abbé Ducrost déclara que la religion accepte tous les faits bien démontrés, et n’impose aux savans aucune croyance géologique contraire à l’observation.

Le surlendemain de l’excursion de Solutré, M. Aimé Girard,