Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/699

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les volcans sont des soupapes par lesquelles s’échappe une portion de feu central, c’est-à-dire une partie des matériaux incandescens contenus à l’intérieur profond du globe terrestre. M. Vogt nie l’existence du feu central, et cherche l’explication des phénomènes volcaniques non dans l’existence d’un foyer interne de chaleur, mais dans les causes externes qui peuvent à la surface de la terre engendrer de la chaleur. Avant d’arriver à cette explication, l’orateur a tracé un tableau des phénomènes volcaniques. Rien de dramatique et de saisissant comme cette description des opérations les plus terribles de la nature minérale. A la précision du langage et à la fermeté de l’accent, on devinait que M. Vogt a visité les régions volcaniques en activité aussi bien que les cratères éteints, qu’il a eu la bonne fortune d’aborder aux rivages glacés de l’île Jean Mayen, que depuis Jean Mayen lui-même aucun navigateur n’avait visités. Il explique comment le cône volcanique se forme par l’accumulation et le mélange de la lave en fusion avec les matériaux solides que le volcan lance en l’air, tels que les cendres et les rapilli, et il insiste particulièrement sur la mobilité de la masse hétérogène ainsi constituée. Pour en donner une idée, il rappelle l’apparition de l’île volcanique Julia, qui émergea en 1831 des eaux de la Méditerranée, en vue des côtes de Sicile, et disparut quelques mois après emportée par les flots. M. Vogt tire de ces faits la conclusion que les volcans éteints qui existent encore n’ont jamais été submergés. En effet, un cataclysme aqueux les aurait bouleversés ; or ces volcans éteints, en particulier ceux du Puy-de-Dôme, du Vivarais, des bords du Rhin, qui datent de l’époque tertiaire, ne portent aucune trace de l’action des eaux, et témoignent par leur intégrité même qu’il n’y a pas eu de submersion universelle postérieurement à leur formation.

A la suite de ces détails plus descriptifs et pittoresques, M. Carl Vogt a proposé sa théorie de l’action volcanique. D’après lui, les affaissemens et tassemens continuels de terrain qui se produisent à la surface de la terre donnent naissance à des quantités énormes de chaleur, et c’est la chaleur d’origine mécanique, ainsi dégagée, qui fond les roches, réduit l’eau en vapeur et provoque les réactions violentes dont les éruptions sont la conséquence. Au lieu d’admettre que les volcans sont des soupapes par où le feu central se fraie une issue, M. Vogt les considère comme des résultats de mouvemens superficiels de la couche terrestre. Les preuves et les argumens qu’il invoque à l’appui de cette théorie n’ont point paru suffisamment nombreux et démonstratifs aux hommes autorisés en mécanique et aux géologues, et la doctrine du feu central, admise presque sans contestation depuis Dolomieu, garde auprès d’eux sa valeur. Quand bien même M. Vogt aurait expliqué les volcans sans le concours de cette doctrine, il resterait à interpréter l’ensemble des soulèvemens, et