Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/665

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


portée du public, tout en conservant ces qualités de style, de noblesse, de composition, qui sont la gloire des vrais artistes. M. Bida était l’homme spécial désigné pour mener à bonne fin une si vaste entreprise. En acceptant la tâche vraiment excessive qui lui était proposée en l’accomplissant avec une intelligence, une habileté, un respect des textes qu’on ne saurait trop louer, il a fourni l’élément essentiel à la grande publication qui, sans lui, serait peut-être restée à l’état de rêve. Il nous reste à dire par suite de quels efforts et de quels soins ce rêve est devenu une réalité.


III.

A mesure que M. Bida terminait un de ses dessins, celui-ci était livré au graveur chargé du soin extrêmement délicat de traduire la pensée de l’artiste et de la faire comprendre au public. Il est probable que les éditeurs ont hésité sur le choix du genre de gravure qui convenait le mieux à leur œuvre ; le burin est bien froid la roulette est bien molle, on les écarta et l’on se décida pour la pointe, c’est-à-dire pour l’eau-forte. Le procédé adopté offre des avantages considérables ; on sait en quoi il consiste : une planche de métal parfaitement planée est enduite d’un vernis, — vernis mou, — mélangé de noir de fumée ; une pointe d’acier trempé maniée comme un crayon, sert à dessiner sur la surface noircie l’objet que l’on veut représenter. Chaque trait de pointe découvre le métal : si celui-ci est baigné d’acide nitrique, l’action corrosive s’exerce sur les parties de la planche que le vernis ne protège plus ; c’est ce que l’on appelle faire mordre. Selon que la gravure est plus ou moins foncée, plus ou moins claire, la morsure doit être plus ou moins profonde ; les parties d’ombre ont souvent besoin d’être mises plusieurs fois en contact avec l’eau-forte ; on en est quitte, afin de ménager les autres portions de la gravure, pour frotter légèrement celles-ci avec de la graisse, qui les soustrait à l’influence chimique. On peut donc agir, par ce moyen, dans des conditions de rapidité que le burin n’a jamais connues ; en outre, — et ceci est fort important, — la pointe a une qualité inappréciable : le graveur peut déployer toute l’originalité dont il est doué et respecter en même temps celle du dessinateur. C’est là un avantage très sérieux que nul autre genre de chalcographie ne possède à si haut degré.

Quel est l’inventeur de ce mode de reproduction, qui permet de multiplier à l’infini les épreuves d’une idée plastique ? On ne sait guère. Longtemps on l’a attribué à Albert Dürer et au Parmesan ; mais la plus ancienne eau-forte du premier porte la date de 1515,