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Dyck, — un Christ bellâtre et efféminé avec toute l’école française, — un Christ farouche avec l’école espagnole, — un Christ olympien avec l’école italienne, où parfois on a quelque peine à te démêler au milieu des brillantes fantaisies du Véronèse et de Tiepolo, — un Christ à la fois humble et fort, bien souvent divin avec Rembrandt, qui savait regarder de près et avec sagacité les habitans du quartier juif d’Amsterdam.

Quelle que soit l’expression que ces différentes écoles, entraînées par leurs affinités de race, ont imprimée au Christ, elles n’en ont point détruit, elles n’en ont que très faiblement modifié le type inauguré à la renaissance ; celui-ci subsiste immuable, fixé pour toujours, pouvant varier dans des nuances appréciables, mais restant le même au fond. Le visage du Christ est hiératique aujourd’hui ; on n’y peut plus toucher sous peine d’une certaine impiété. Si on lui donnait seulement une barbe noire, comme le veut Jean le Damascène, on ferait de l’art hérétique, et l’on ne serait pas compris. M. Bida a donc été obligé de subir une tradition qui s’impose avec la rigidité d’un précepte inéluctable ; mais tout en acceptant la figure en quelque sorte canonique créée par les maîtres, il a su ne pas copier et rester original. Son Christ n’offre aucune ambiguïté : il se reconnaît au premier coup d’œil ; il a toutes les grâces, tous les charmes, et cependant quelque chose d’énergique et de ferme qui s’indique dans les lignes inférieures de la face. Il n’a ni mollesse ni afféterie ; mais dans ce corps élégant, sous ce front qu’illumine le rayon venu d’en haut, on sent que l’âme domine et que les yeux voilés regardent au-delà Dans les cent vingt-huit planches qui composent l’œuvre considérable que M. Bida a consacrée aux Evangiles, et où le Christ revient souvent, je ne trouve aucune trace d’imitation, de poncif, comme l’on dit en langage d’atelier, si ce n’est une seule fois dans la Mise au tombeau d’après saint Matthieu ; il me semble voir dans la figure principale quelques réminiscences du Jésus de la Descente de croix de Daniel de Volterre, qui est à la Trinité des Monts. C’est là un mérite qu’il est juste de signaler, car l’imitation, si facile, si fatale en pareil cas, pouvait devenir un défaut grave ; cet écueil, M. Bida l’a évité avec un soin qui prouve son talent et sa fécondité.


II

Il est plus facile d’imaginer la beauté que de la reproduire ; il suffit de dire : beau comme un dieu ; mais cela ne représente rien. A cet égard, les artistes ont toujours avoué implicitement leur impuissance ; les anciens et les modernes, les plus expérimentés et les moins habiles, se sentant incapables de créer une figure qui