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rechercher, à vérifier, à translater en français les textes positifs des Écritures, et il répandit ainsi dans ses ouvrages, au hasard de son argumentation, verset par verset, citation par citation, tout le récit des quatre évangélistes. Il n’y avait donc qu’à extraire le texte divin du texte de Bossuet : ce long et intéressant travail a été accompli avec un respect religieux par M. H. Wallon, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres ; sa foi profonde et son savoir en font un guide que l’on peut suivre en toute confiance.

La traduction, essentiellement catholique, est orthodoxe à ce point qu’elle adopte la version introduite pour la première fois en 1666 par le père Amelote au verset 36 du chapitre XVIII de saint Jean. On en a fait grand bruit jadis, et de nos jours même on pourrait retrouver trace dans quelques journaux des ardentes discussions soulevées à ce sujet. Le Christ a-t-il dit : « mon royaume n’est pas de ce monde, » ou « Mon royaume n’est pas maintenant de ce monde ? » Les textes anciens, les protestans, Lamennais, affirment hautement cette dernière et consolante interprétation ; les catholiques fervens et Bossuet adoptent simplement la première. Nous n’avons pas à nous prononcer ici sur cette question, — la question du nunc, comme on l’a appelée, — et nous ne l’ayons signalée en passant que pour prouver que la traduction recueillie dans l’œuvre entière du grand évêque défiait toute critique au point de vue de l’orthodoxie délimitée par les conciles.

Le texte était choisi avec un habile discernement, car, si l’auteur est une des lumières de l’église, il est aussi un des maîtres de la langue ; on était donc certain de réunir la pureté de la doctrine à la beauté du langage, double qualité indispensable qui ne se rencontre pas fréquemment ; mais à quel artiste confierait-on l’interprétation plastique d’un livre semblable, et, — pour me servir des mauvaises expressions modernes, — le soin de l’illustrer ? On pouvait hésiter, et il était facile de se tromper. Les conditions à remplir étaient multiples, fort délicates, car elles touchaient par plus d’un côté au secret même de la conscience. il fallait un homme rompu aux difficultés du métier, doué d’une originalité de bon aloi qui lui permît d’éviter les redites si aisément commises en pareil cas, qui eût fait du Nouveau-Testament une étude sérieuse et qui connût le pays où se joua ce drame à la fois familier et terrible. L’artiste chargé de ce grand travail ne devait pas être un peintre d’histoire, car il fût rentré forcément dans des traditions surannées et aurait reproduit quelque bible de Royaumont corrigée par le souvenir des cartons de Hampton-Court ; il ne devait pas être non plus un peintre de genre, car il eût singulièrement rapetissé le cadre où se meut l’action divine ; il devait être avant tout dessinateur et posséder