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palais et la science qu’il devait posséder en droit canon et civil, science dont l’étude ne se séparait guère alors de la théologie, le faisait choisir pour le défenseur des intérêts politiques de la maison royale : aussi Adalard le qualifie-t-il de palatii custos. Le grand-chancelier (summus cancellarius) lui était adjoint dans la gestion des affaires ; il était le chef des notaires et secrétaires du roi occupés à transcrire et à garder ses ordonnances. Venait ensuite le grand-chambrier (camerarius), à qui appartenait la surveillance de l’ameublement et de l’entretien intérieur de la demeure royale ; il était le gardien de la bourse du prince, le dispensateur de ses largesses, le chef des serviteurs du corps et de la garde-robe. Au comte du palais (comes palatii) était dévolue la juridiction sur tous les officiers de la maison ; les contestations qui s’élevaient entre eux étaient portées à son tribunal. Le sénéchal (senescalcus) remplissait les fonctions de grand-maître d’hôtel et d’intendant de la maison ; il avait sous ses ordres le maréchal des logis ou mansionarius ; Le bouteiller (buticularius) était le grand-sommelier. Enfin le soin des écuries et des chevaux revenait au connétable (comes stabuli). Après ces officiers s’en trouvaient d’autres d’un rang moins élevé, tels que les veneurs et le fauconnier.

L’étroite liaison des fonctions domestiques et de la régie du domaine royal valut tout naturellement à ces grands-officiers une juridiction particulière qui découlait du département à eux attribué. Tandis que le comte du palais était le prévôt de l’hôtel, le sénéchal chargé de l’administration des revenus du roi devint le grand-juge en matière domaniale, et, l’office du comte du palais ayant été supprimé, il se trouva représenter, à raison de l’importance et de l’étendue de ses attributions, le principal officier de la cour du roi. Les Capétiens avaient craint que le comte n’usurpât, comme l’avait fait jadis le maire du palais, l’autorité souveraine, et, quand le sénéchal parut à son tour trop puissant, ils en abolirent la charge.

La cour de chaque grand feudataire fut l’image un peu amoindrie sans doute de celle du roi. Au commencement de la troisième race, on y retrouvait les mêmes charges et presque la même distribution des offices. Ainsi chaque grand vassal eut son sénéchal, son chancelier, son chambrier ou chambellan, son connétable, etc. Ces officiers, en prenant de jour en jour plus d’importance, renoncèrent peu à peu à leurs fonctions serviles, ou plutôt ils ne les exercèrent plus que dans des occasions solennelles ; ils s’en déchargèrent sur des domestiques d’un ordre secondaire, qui grandirent aussi à leur tour en importance, et constituèrent bientôt des grands-officiers de la cour, tandis que ceux qu’ils avaient remplacés s’élevaient au rang de grands dignitaires de l’état. Le sénéchal du roi devint ce