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facultés trop obtuses pour éprouver des sentimens de rivalité et pour apprécier le mérite ds la beauté. Ainsi les protozoaires, les coléantères, les échinodermes, les scolécides, n’offrent pas de véritables caractères sexuels secondaires, et si de nombreux coraux, quelques méduses, certains oursins sont plus brillamment rayés et nuancés que leurs femelles, nulle raison n’autorise à supposer que la sélection sexuelle soit la cause de ces différences. L’opinion la plus probable, c’est que les magnifiques teintes dont sont revêtus beaucoup d’animaux inférieurs sont le résultat d’actions chimiques ou de la structure élémentaire des tissus. Voilà, ce semble, déjà une bien large exception à la règle, une brèche anticipée à la théorie. M. Darwin n’en est pas troublé, et passe aux mollusques.

Les mollusques, les annélides, les crustacés inférieurs, ne fournissent pas d’observations décisives à l’appui de la sélection sexuelle. Chez ces êtres si pauvres d’organes et de facultés, les différences caractéristiques des sexes sont ou nulles ou faibles, ou peu saillantes. Ce n’est pas qu’ils n’offrent des particularités intéressantes. On ne peut s’empêcher de noter, avec M. L. Agassiz, les amours des limaçons, la cour qu’ils se font, et les mouvemens pleins de séduction qui préparent leur union définitive. Le regard est charmé par les riches couleurs des coquillages, même de ceux qui n’habitent que le fond des mers. Cependant, si un choix réciproque de la part des gastéropodes terrestres ou des mollusques marins est jusqu’à un certain point concevable, cette élection volontaire est en dehors des probabilités. Les crustacés supérieurs manifestent des facultés mentales plus élevées. Alertes, méfians, parfois constructeurs passables, belliqueux même, ils revêtent dans certaines familles de vives couleurs à l’âge adulte. Peut-être sont-ils ornés à ce moment pour attirer la femelle.

Les arachnides sont encore mieux partagées. Dans quelques espèces- d’araignées, les différences de coloration sont tranchées : le vert pâle, le jaune éclatant, le rouge vif, apparaissent sur le corps ou sur les pattes annelées des mâles adultes. Les araignées font preuve d’intelligence ; elles témoignent une grande affection maternelle pour leurs œufs, qu’elles entourent d’enveloppes soyeuses. Leurs sens sont très aigus ; Plusieurs espèces de théridions produisent un son stridulent que les femelles entendent et comprennent. Il y a par conséquent apparence que les couleurs des araignées sont généralement le résultat de la sélection sexuelle. Des doutes subsistent cependant : les assiduités lentes et très prolongées de ces animaux en rendent l’observation très malaisée. Leurs amours ont souvent une fin tragique. Le naturaliste Geer vit un mâle qui au milieu de ses caresses inductrices fut tout à coup saisi par l’objet