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en dehors de ces combinaisons, et, tout bien pesé, il n’est point impossible qu’au retour de l’assemblée la question ne reste simplement circonscrite sur le terrain conservateur où l’on s’est placé. C’est encore un dénoûment qui n’est même pas le plus invraisemblable. On décorera cette situation du nom qu’on voudra, on l’appellera provisoire ou définitive ; au bout du compte, ce sera toujours, ni plus ni moins, le pays restant maître de lui-même et continuant l’œuvre de réorganisation qu’il a commencée, dont il recueille déjà les premiers fruits. L’essentiel est que la France rendue à sa liberté puisse trouver dans une existence intérieure pacifiée et régularisée ce qu’il lui faut de force pour reprendre sa place dans le monde, pour renouer ses relations avec tous les peuples et suivre la politique que ses intérêts et les circonstances lui dicteront.

Que la France soit une monarchie ou une république, elle reste toujours la France ; elle garde et elle gardera son rôle, pourvu qu’elle sache mettre de la suite, de la prévoyance dans ses affaires, et qu’elle offre des garanties aux puissances avec lesquelles elle peut avoir à traiter des intérêts de l’Europe et du monde. Pour le moment sans doute, elle a plutôt à observer qu’à s’émouvoir de tous les incidens qui se succèdent dans la vie européenne, qu’on grossit souvent par esprit de parti ou par une sorte de passion de commérage. On vient de le voir une fois de plus à l’occasion de ces rapports de la France et de l’Italie, qu’on représente souvent sous une si étrange couleur. C’est là évidemment le point délicat, et les nouvellistes en profitent. Un jour, voilà la grande nouvelle sûre et certaine dont M. le duc de Broglie est informé : au cas où M. le comte de Chambord remonterait sur le trône, le cabinet de Rome lui demanderait immédiatement la reconnaissance de l’unité italienne, et, s’il ne l’obtenait pas, il déclarerait non moins immédiatement la guerre à la France avec l’appui de l’Allemagne. Avant de dire de semblables choses, on ne se demande même pas si l’Italie peut avoir l’idée et a besoin de solliciter une reconnaissance nouvelle de la France, qui depuis longtemps vit en paix et en amitié avec elle. Un autre jour, c’est le voyage du roi Victor-Emmanuel à Vienne et à Berlin qui est l’objet de toute sorte de commentaires. Que va-t-il arriver ? Le gouvernement français ne va-t-il pas voir un mauvais procédé dans la promenade du roi d’Italie ? Non, le monde peut se calmer, les nouvelles sont tranquillisantes cette fois. M. le duc de Broglie s’est hâté de faire repartir pour Rome M. Fournier, qui jouissait paisiblement d’un congé en France, et il l’a chargé de rassurer le cabinet de Rome, de lui déclarer qu’il voyait au contraire avec la plus grande satisfaction le voyage du roi. C’est aussi vrai que la déclaration de guerre de l’ItaUe à la France. En quoi donc le gouvernement français peut-il se croire obligé d’entrer en explications avec le ministère italien au sujet de l’excursion de Victor-Emmanuel ? En quoi même ce voyage peut-il sérieusement nous inquiéter et prendre tout à coup l’importance qu’on lui attribue ? Que le