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parti, c’est-à-dire enfin si elle reste l’œuvre et la propriété de tout le monde. Dès qu’elle apparaît avec ce qu’elle a d’étroit et d’exclusif, avec le caractère d’une victoire de coterie ou de secte, elle est obligée de reculer, elle perd du terrain.

C’est ce qui est arrivé récemment. Les républicains mettent aujourd’hui tout leur zèle, toute leur diplomatie à ménager M. Thiers, à l’attirer dans leur camp, à se servir de son nom et de sa popularité pour rétablir leurs affaires compromises. Ils auraient dû y songer plus tôt, lorsque l’ancien président de la république était au pouvoir et avait besoin de leur sagesse, de leur réserve, encore plus que de leurs flatteries et de leurs manifestes. C’était pour eux le moment de montrer un certain esprit politique plutôt que de se laisser aller aux impatiences et aux entraînemens de l’esprit de parti. Ils ne se sont pas tenus pour satisfaits de ce qui existait, ils ont voulu avoir leur république à eux, la garantie d’une proclamation authentique et définitive. Au lieu de se modérer, de s’effacer jusqu’à un certain point, ils ont mis leur orgueil à prouver qu’ils étaient les maîtres du scrutin dans les élections, sans s’inquiéter des embarras qu’ils créaient au chef du gouvernement. Ils ont trop laissé voir qu’ils étaient pressés, qu’ils ne soutenaient M. Thiers que pour essayer de le dominer, pour s’assurer son héritage, et en compromettant M. Thiers par des solidarités plus apparentes que réelles, en préparant sa chute, c’est la république elle-même qu’ils ont frappée. En réalité, le 24 mai a été dirigé bien moins contre M. Thiers que contre le radicalisme qui marchait à sa suite, ne cachant plus ses ambitions et ses espérances. La vraie signification de ces événemens, la voilà : la république existait, elle était aux mains d’un homme habile, du seul homme qui pouvait lui donner une bonne renommée et du crédit ; les républicains, les vrais et purs républicains se sont montrés, l’esprit de parti a voulu avoir sa victoire, et du même coup la république, au lieu de devenir définitive, est devenue plus précaire, plus difficile.

Ce que les républicains ont fait avant le 24 mai pour la république, il y a des monarchistes qui sont occupés à le faire pour la monarchie depuis cette entrevue de Frohsdorf, qui reste une grande réconciliation de famille, mais qui n’a rien changé, rien préparé, et n’a eu jusqu’ici ni le caractère, ni les conséquences politiques qu’elle semblait promettre. Assurément l’idée même de la monarchie n’a rien qui puisse étonner ou froisser le pays ; elle répond à des instincts, à des habitudes, à des intérêts, qui ont gardé leur puissance à travers les révolutions. D’où vient donc que ce qui semblait possible il y a un mois est déjà devenu plus difficile, et semble de jour en jour perdre des chances ? C’est qu’on a laissé apparaître une monarchie de parti ou même de secte au lieu d’une monarchie nationale, constitutionnelle, la seule qui dans tous les cas pût être acceptée par le pays, et ici, qu’on nous passe le terme, les