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deux journaux moururent d’inanition dans le cours de l’année 1871; mais elle ne tarda point à se relever. Dans l’assemblée générale tenue à Berlin au mois de mai 1872, le rapport sur la situation constate que la ligue a payé toutes ses dettes, et qu’elle est en mesure de consacrer un excédant de recettes aux « frais d’agitation. » Huit agitateurs furent en effet envoyés dans toutes les directions. A la même date, le Nouveau Démocrate socialiste annonçait que la ligue comptait 21,154 membres payant la cotisation réglementaire, mais il estimait que le nombre des ouvriers qui de cœur et d’âme marchaient d’accord avec elle était vingt fois plus considérable, de telle sorte qu’aux élections elle disposait d’au moins 200,000 voix. Ce qui est plus certain, c’est que le journal de la ligue voit croître régulièrement le nombre de ses abonnés. Il en avait 5,000 en octobre 1871, 8,056 en décembre 1872, et sa situation financière lui permet de distribuer gratuitement, comme moyen de propagande, bon nombre d’exemplaires. Les démocrates socialistes ont à peu près subi les mêmes vicissitudes. La guerre les a fort éprouvés, car leur comité de direction fut emprisonné à la suite d’un manifeste où il protestait à l’avance, au nom des travailleurs allemands, contre l’annexion de l’Alsace-Lorraine; leur journal fut poursuivi, et ses deux principaux rédacteurs, Bebel et Liebknecht, sont encore dans une forteresse. Plus agressifs que la ligue et plus exposés aux procès, ils ont plus de difficulté à se réunir et à se compter. Aussi le chiffre des adhérens représentés à chaque assemblée générale varie sans jamais être très élevé. Au congrès de Dresde, en août 1871, on en comptait seulement 6,252; à celui de Mayence, en septembre 1872, le secrétaire constatait que depuis le mois de janvier le parti était en voie de progrès rapide; il avait recruté 4,000 nouveaux membres, et « fait pénétrer l’agitation socialiste dans des milieux où elle était encore inconnue. » La presse des « honnêtes gens » est d’ailleurs en pleine prospérité. L’Etat populaire avait au milieu de l’année 1871 3,212 abonnés, et le 31 mai 1873 il annonçait avec joie qu’il en comptait désormais 7,350 : le nombre en a donc plus que doublé en deux ans. Les doctrines du parti sont encore défendues par d’autres journaux, auxquels on peut attribuer au moins 10,000 abonnés. La presse des démocrates socialistes a donc plus de lecteurs que l’unique organe de la ligue générale, et l’on en peut conclure que le parti n’exagère pas sa puissance quand il déclare disposer des voix de plus de 150,000 électeurs.

Alors même qu’on admettrait sans conteste l’évaluation faite par les révolutionnaires de leurs propres forces, il faudrait conclure qu’ils ne sont point très redoutables : 400,000 électeurs forment une très modeste minorité dans le corps électoral de l’empire. Parmi eux, un très petit nombre sans doute répondrait à un appel insur-