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commune paraît avoir plus encore que l’amour rapproché ces deux cœurs. Ce ne fut pas malheureusement pour longtemps. Instruit de la mort de Gouras, Reschid Vêtait flatté de trouver désormais les défenseurs de la citadelle moins opiniâtres. Il donna l’ordre de rouvrir le feu, et les mortiers firent de nouveau pleuvoir leurs projectiles. Une bombe tomba sur le toit blindé de l’Erectheion. La veuve de Gouras, la fiancée de Kriezotis, avait cherché un abri dans cet édifice; elle fut ensevelie avec dix autres personnes sous les décombres. Ainsi périt une des plus vaillantes créatures qui aient honoré cette lutte dans laquelle les hommes se montrèrent patiens et courageux, où les femmes ne cessèrent pas un instant d’être héroïques.

Reschid-Pacha ne pouvait pas vivre en été des ressources de la plaine dévastée d’Athènes; il lui fallait tout faire venir de la Thessalie. Que serait-ce en hiver, si le gouvernement grec parvenait à gêner ou à interrompre ses communications! « Il sera, écrivait l’amiral de Rigny, obligé de lever le siège. » Dans les premiers jours d’octobre, le colonel Fabvier, que le commandant du Loiret, M. de Missiessy, avait vu à Ambellaki, préparant une nouvelle expédition pour secourir Athènes, reçoit l’ordre inopiné de se porter sur Thèbes. Un autre officier français, M. Voutier, est autorisé à recruter des troupes pour agir contre Négrepont. « Quant aux chefs grecs, nous dit l’amiral, ils sont occupés ailleurs. Ces messieurs rivalisent avec les Egyptiens pour la destruction des troupeaux moréotes. Les provinces de Corinthe et de Vostizza viennent d’être dévastées; ne croyez pas que ce soit par Ibrahim, ce sont les Grecs qui s’y sont disputé la récolte des raisins. » Transporté de Salamine à Mégare, Fabvier marche sur la ville qu’il a l’intention et l’espoir de surprendre. Il venait d’atteindre les bords de l’Oropos quand il apprit une nouvelle qui était assurément de nature à modifier ses projets. Les passes du Cithéron n’étaient plus gardées par les troupes irrégulières auxquelles il en avait confié la défense, c’était la cavalerie de Reschid qui les occupait. Fabvier n’eut que le temps de battre en retraite. Coupé de Mégare, il put heureusement se replier sur Nauplie et Methana en gagnant par des chemins détournés l’isthme de Corinthe.

Vers cette époque, le gouvernement grec, composé de onze membres sous la présidence de Zaïmis, éprouva le besoin de se rapprocher d’Athènes. Par le choix justifié d’une nouvelle résidence, il voulait surtout échapper au contrôle de la faction militaire, qui, pour mieux le combattre et mieux le dominer, s’était réconciliée avec les chefs du parti hydriote. Laissant à Colocotroni et à Condouriotti le soin de défendre la Morée, le pouvoir exécutif quitta