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blement dispersé des flottilles qui auraient eu pour les conduire des chefs moins entreprenans que les navarques hydriotes. La renommée des Miaulis, des Canaris et de tant d’autres capitaines grecs n’est donc pas une renommée surprise. Leur gloire à tous les titres est de la gloire du meilleur aloi. Nous allons chercher des leçons dans les combats livrés sur l’autre rive de l’Atlantique; nous en trouverions peut-être de plus fécondes dans la méditation de cette tactique improvisée, qui sut si bien opposer l’agilité à la force, la flamme au canon, une étreinte destructive à la masse. La délivrance de Samos fut malheureusement le dernier exploit de la marine grecque. Dès que Cochrane parut, il n’y eut plus en Grèce de marine nationale. Tout s’effaça devant le grand initiateur, tout fléchit sous sa volonté, et l’on vit ce Miaulis, qui eût pu être en d’autres temps le rival de Ruyter ou de Duquesne, descendre avec une abnégation antique du rang d’amiral à celui de simple capitaine.


II.

La campagne de Reschid-Pacha dans l’Attique devait avoir une tout autre issue que la nouvelle tentative dirigée contre les insurgés de Samos par Khosrew. Avant de s’abîmer dans la réforme militaire de Mahmoud, la vieille Turquie allait encore une fois faire tourbillonner ses delhis dans la plaine, lancer ses farouches arnautes à l’assaut. Le siège d’Athènes a les proportions régulières d’une tragédie classique, l’unité de temps et de lieu, mais les souvenirs que ce siège évoque, les personnages qu’il fait apparaître en scène, n’appartiennent pas à l’antiquité : ils s’arrêtent à des temps plus modernes, aux premiers âges de l’époque féodale. Reschid-Pacha, brillant, chevaleresque, véritable Murat ottoman, eût été quelques siècles plus tôt un Malek-Adel. Omer-Vrioni, son coopérateur, nous offre le type achevé du mercenaire albanais. Les chefs grecs. Gouras, Karaïskaki, Kriezotis, Delyannis, n’ont rien de commun avec les Miltiades et les Trasybules; en revanche, ils rappellent à s’y méprendre les compagnons de Scanderbeg et des Tsernoïevitch. Le drame athénien se partage en deux périodes distinctes, en deux actes. Pendant la première période, tout se passe à la grecque. Pour faire lâcher prise à Reschid, les insurgés ne songent qu’à surprendre ses postes, à intercepter ses convois, à l’inquiéter sur ses derrières. Dans le second acte, la parole et l’action sont aux philhellènes. Deux Anglais, Cochrane et Church, exercent le commandement suprême. L’archi-navarque et l’archi-stratège rassemblent en un seul faisceau les tacticos, les klephtes et les armatoles. Par leurs discours, ils électrisent le corps législatif. Ils font rougir les Grecs