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droit au premier. Nous touchons encore ici à la nécessité d’une critique musicale soutenue d’une érudition littéraire étendue et d’une forte culture intellectuelle. Il faut talent et savoir pour avertir ainsi le public. En définitive, cette discussion] nous a valu de bonnes études de M. Blaze sur Shakspeare, et, quant à l’imitation allemande, l’expérience de plus en plus paraît lui donner raison.

Ne l’oublions pas, cette musique, à laquelle il reproche d’être cosmopolite, mérite l’estime et souvent le succès : grâce à la leçon des événemens et au public, s’il se ravise, elle peut redevenir française; mais il y en a une anti-française, anti-patriotique avec obstination : celle-là jette bas et traîne dans la fange tout idéal de sentiment, d’honneur et de vertu. Une idée fausse entre toutes est celle qui tend à confondre le grotesque, la trivialité niaise, avec l’esprit gaulois. Sur combien de tons la Belle Hélène n’a-t-elle pas été célébrée comme une satire ingénieuse! Non, Scarron n’est ni un Gaulois ni un fils de Rabelais; c’est un Pasquin, cul-de-jatte de corps et d’esprit, qui n’était sans doute ni un sot ni un plat personnage, mais qui faisait rire des infirmités de son intelligence comme de celles de sa personne; je vois en lui l’image de la musique de parodie. Ce n’est pas sans motif que ce nom se présente ici à la pensée. On répète sans cesse que cette musique a fait le tour du monde : le vrai Scarron était lu dans toute l’Europe; la sœur de Frédéric le Grand nous apprend que la cour de Berlin en faisait ses délices. Tant pis pour la cour de Berlin ; mais qu’aurait dit la France de Corneille et de Molière, si les étrangers avaient jugé d’elle par les pasquinades? Nos devanciers avaient d’autres hommes pour donner une juste idée de notre patrie, et ce n’est pas Scarron, songeons-y bien, qui a séduit l’Europe et fait accepter l’empire de l’esprit français.

Contre le détestable goût des Scarrons de la musique, M. Blaze a vidé son carquois de poète et de critique : en prose, il a châtié les gaspilleurs de l’art; en vers, il a tiré d’eux une vengeance plus fine, il les a fait parler eux-mêmes !

Tuons en nous tout ce qui vibre!
Et, sans regrets,
Cessons d’être, sur un sol libre.
Des hommes vrais !

Dépouillons, ô race chétive
D’enfans nés vieux,
La grande force admirative
De nos aïeux!

D’ailleurs, à quoi sert l’esthétique?
Tous ces discours