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le beau temps dans leur pueblo, et qu’on nomme des caciques ; il intimide les autres en leur insinuant obligeamment qu’ils sont sous le coup de quelque instance encore pendante, qu’il y a dans les bureaux un dossier qu’on n’a pas encore eu le temps de débrouiller, qu’il y dort paisiblement, mais qu’on peut toujours réveiller un dossier qui dort. Dans un pays où la vente des biens nationaux a créé plus d’une fortune, quel cacique peut se flatter que sa situation est assez limpide pour que les envieux n’y trouvent pas matière à chicane ? Si ces moyens anodins ne suffisent pas à gagner la bataille, on recourra en dernier lieu aux trabucazos ou aux porrazos, c’est-à-dire aux tremblons et aux assommoirs, sorte d’agens électoraux qu’on réserve pour les cas de force majeure ; mais on s’applique consciencieusement à se mettre en état de s’en passer. « Il est à souhaiter, disait en 1870 M. Ruiz Zorrilla, qu’à l’avenir la décision des affaires pendantes ne soit plus retardée ou accélérée par l’influence secrète de tel ou tel agent, et que l’administration soit au service des administrés et non les administrés au service de l’administration. Il est à souhaiter que, quand les maires, les conseillers municipaux ou les particuliers se rendent au chef-lieu du district ou dans la capitale de la province pour quelque règlement d’intérêts, ils n’aient pas besoin de l’appui du député, de l’électeur influent de l’endroit ou du ministre lui-même, et qu’à leur retour ils puissent dire : Grâce à Dieu, nous avons pu nous passer d’une lettre de recommandation ou d’un pot-de-vin pour nous faire rendre justice. » — « Ce qui se voit et ce qui ne se voit pas, disait de son côté M. Alvarez Bugallal, tel est le titre d’une brochure célèbre en Espagne. Appliquez, messieurs, la chose et le mot à la question électorale. Observez, je vous prie, les habitudes de l’administration, les effets immédiats qui se laissent voir et toucher ; ils vous donneront la clé d’autres effets moins visibles qui se laissent deviner, et vous reconnaîtrez qu’à certains actes arbitraires qui produisent en faveur d’un candidat un appoint de 50, 30 ou 20 votes, pour m’en tenir au chiffre le plus bas, correspond un résultat beaucoup plus considérable. Je veux dire que la majorité des électeurs, témoins de certains dénis de justice qui ont servi à châtier de dangereuses résistances, se sentant menacés eux-mêmes et par ces actes et par le commentaire verbal qui les accompagne, prennent l’héroïque résolution de s’abstenir, ou la résolution non moins héroïque de voter pour le candidat qui possède auprès de l’administration le moyen d’opérer ces merveilles et ces miracles. »

Plaintes inutiles ! Peut-on exiger d’un gouvernement doué d’une puissance miraculeuse qu’il renonce à faire des miracles ? Modéré, unioniste ou progressif, il en fera, soyez-en sûrs. L’opposition d’a-