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ment et moins souvent partagés. C’est à la Petite-Russie que se rattachent les Zaparogues, la plus célèbre de ces tribus cosaques qui, entre la Pologne, les Tatars et les Turcs, jouèrent un si grand rôle dans l’Ukraine et les steppes du midi, et dont le nom est encore demeuré en Russie synonyme de vie libre et indépendante. Des Cosaques d’aujourd’hui, ceux de la Mer-Noire, transportés sur le Kouban, entre la mer d’Azof et le Caucase, sont seuls Petits-Russiens, les Cosaques du Don sont Grands-Russiens ; pour les autres, ils ne sont le plus souvent que des sujets russes de race étrangère. Aux 13 ou 14 millions de Petits-Russiens de la Russie, il faut ajouter, au point de vue ethnologique, environ 3 millions d’âmes en Autriche, des deux côtés des Karpathes, dans la Galicie orientale, l’ancienne Russie-Rouge, et dans les comitats de la Hongrie septentrionale.

On a contesté aux Petits-Russiens comme aux Russiens-Blancs, c’est-à-dire à près d’un tiers du peuple russe, le nom et la qualité de Russes. Pour les séparer des Grands-Russiens, on leur a cherché des désignations nationales différentes. Tantôt, réservant le nom de Russe pour les Grands-Russiens, on a donné aux autres le nom latin de Ruthène ou le nom hongrois de Rousniaque, qui ne sont qu’une traduction et un synonyme du nom qu’on leur voulait enlever. Tantôt au contraire, conservant le titre de Russe pour les Slaves de la Petite-Russie et de la Russie-Blanche, premiers centres de l’empire des descendans de Rurik, on l’a refusé à la Grande-Russie, à laquelle on a infligé le nom de Moscovie. Ces disputes de mots, suscitées non par des Petits-Russiens, mais par des Polonais, n’ont rien changé aux faits. Elles n’ont abouti qu’à maintenir entre la malheureuse Pologne et la Russie des prétentions inconciliables, qui ont amené la plus forte à méconnaitre la nationalité de la plus faible, comme la Pologne méconnaissait celle de ses anciens sujets russes. L’examen détaillé de cette question ruthène, la recherche des limites dans lesquelles quelques groupes petits-russiens d’origine ont été polonisés, et des relations qui doivent s’établir entre les paysans petits-russiens et les seigneurs polonais, appartient à l’étude de cette épineuse et pénible question polonaise. Il nous suffit de constater que ces termes de Ruthène, Rousniaque, Roussine, comme ceux de Russe et de Russien, employés indifféremment les uns pour les autres par les anciens écrivains, ne sont que des formes d’un même nom, désignant même nationalité, au moins dans les limites de la Russie. Séparée de la Grande-Russie lors de l’invasion des Tatars, la Petite-Russie est en vain restée cinq siècles sujette de la Pologne et de la Lithuanie. Grâce surtout au rit grec, l’immense majorité des habitans de Kief, de l’Ukraine et de la Podolie s’est retrouvée aussi russe que ceux de